Phèdre, au cœur de sa douleur

Phèdre, au cœur de sa douleur

Après le ciel étoilé des arènes de Cimiez durant l’été 2024, Muriel Mayette-Holtz transpose sa mise en scène de Phèdre dans l’intimité d’une salle close. C’est cette version « intérieure », où l’atmosphère feutrée et étouffante évoque un palais funeste, qui ouvrira la saison du TNN en septembre, avant d’investir Le Liberté à Toulon en décembre. Tout le monde connaît, au moins de nom, cette tragédie emblématique de Racine. Pour les élèves au fond de la classe, petit résumé de l’intrigue : Phèdre, épouse de Thésée, à qui elle a donné un enfant, croit son mari disparu lors d’un long voyage. Seule au palais, elle se retrouve face à son beau-fils Hippolyte, pour lequel elle nourrit une attirance irrépressible. Œnone, sa nourrice, figure machiavélique, l’encourage à céder à son désir. Mais lorsque Thésée revient inopinément, Phèdre, déchirée, accuse Hippolyte d’inceste…

La Salle de La Cuisine à Nice se pare de rouge pour accueillir cette tragédie racinienne servie par une distribution remarquable : Ève Pereur incarne une Phèdre désemparée, mère trop jeune et femme d’un roi absent et violent ; Charles Berling campe un Thésée enfermé dans son rôle, condamné à ordonner la mort de son propre fils ; et Nicolas Maury se glisse dans la peau d’une Œnone prête à tout, vivant par procuration à travers sa maîtresse et aimant sans jamais recevoir.

Le slameur Jacky Ido endosse quant à lui le rôle de Théramène, messager et conteur de la tragédie, chargé d’annoncer l’inéluctable : la mort d’Hippolyte. Le slam vient ici magnifier la poésie des alexan-drins, insuffler une intensité nouvelle et permettre une passerelle entre spectateurs aguerris et jeunes publics découvrant Racine.

Après avoir clamé sa douleur sous le ciel de Cimiez, Phèdre va la murmurer, enfermée dans ce palais aux parois épaisses. Les murs sont couverts de portraits de famille et le tapis de laine rouge semble là pour absorber le sang des victimes. Une adaptation « intérieure » destinée à révéler une version plus intime et poignante de la célèbre tragédie racinienne.

30 sep au 8 oct, La Cuisine – Théâtre National de Nice. Rens: tnn.fr
4 au 6 déc, Le Liberté, Toulon. Rens: chateauvallon-liberte.fr

photo: Phèdre aux Arènes de Cimiez © Meghann Stanley