Théâtre Princesse Grace : pour faire la lumière

Théâtre Princesse Grace : pour faire la lumière


Sous le regard bienveillant de la Princesse Stéphanie, le Théâtre Princesse Grace, dirigé par Françoise Gamerdinger, lance une saison théâtrale forte, le 2 octobre à Monaco. Au programme : des classiques, des textes sur la famille, ou encore sur l’histoire – notre histoire humaine – dont la richesse des points de vue demande plus que jamais à être présentée et représentée.

Histoire et points de vue 

La saison s’ouvre en Lumière ! avec Edison, Tesla et Westinghouse, en pleine guerre des courants au XIXe siècle alors que le premier prônait le courant continu quand les autres cherchaient à développer le courant alternatif. Une bataille et une révolution électriques, mise en scène par Maxence Gaillard, d’après le texte de Stéphane Landowski

L’histoire sait taire les noms parfois, notamment ceux de femmes brillantes : Inconnu à cette adresse, pièce écrite de façon visionnaire en 1938 par une femme, dont le mari et l’éditeur ont préféré cacher le nom et le genre à l’époque, est ici mise en scène par Jérémie Lippmann, avec Jean-Pierre Darroussin et Stéphane Guillon. On suit l’évolution d’une relation épistolaire entre un Allemand et un Juif américain dont l’amitié est mise à mal au fur et à mesure que l’idéologie nazie s’infiltre.

Née dans ces mêmes années, celle qui allait devenir la célèbre avocate Gisèle Halimi voit sa vie projetée dans la pièce Gisèle Halimi, une farouche liberté mise en scène par Léna Paugam, avec Marie-Christine Barrault et Hinda Abdelaoui : 70 ans de combats pour la justice et la cause des femmes sont égrainés grâce aux entretiens que la journaliste Annick Cojean a menés avec elle. 

Si vous regardez votre vie comme un long fleuve tranquille, courez voir Il ne m’est jamais rien arrivé, d’après le journal de Jean-Luc Lagarce, dans une mise en scène de Johanny Bert, avec Vincent Dedienne. Puisant dans les carnets d’écriture du dramaturge français, nous traversons les années 80 via les écrits d’un homme à la vie solitaire, fou de théâtre… et qui nous aura fait arriver quelque part. 

Autre pays, autres récits avec 4211 km de Aïla Navidi : soit la distance entre Paris et Téhéran. Et celle entre les exilés et ceux qui sont restés en Iran, entre l’espoir d’une révolution qui finalement échoue, entre les combats de plusieurs décennies et les rêves encore vivaces face à un régime qui abandonne tant de vies. 

Ce sont précisément ces nouvelles terribles et les projections futuristes défaitistes que combattent Hervé Guerrisi et Grégory Carnoli avec Nocebo, terme issu du placebo, et qui désigne les effets indésirables pouvant survenir lors de la prise d’un placebo. Le duo propose une lecture des maux de notre monde en mode sauvetage : à force d’absorber des scénarios terribles sur l’avenir du monde, n’encourt-on pas le risque de les voir se réaliser ? Pourquoi alors ne pas inventer d’autres histoires, d’autres futurs ? 

Famille, société et sentiments 

Les relations familiales, sociales et amoureuses savent emprunter tous les chemins et sont sources intarissables de récits et de situations qu’on n’aurait osé imaginer. Comédies familiales, Papass de Nadège Méziat, mise en scène par Christian Vadim, et La Famille de Samuel Benchetrit, avec Patrick Timsit et François-Xavier Demaison, montrent et démontent les ressorts familiaux où règnent a priori, secrets, mensonges et non-dits. Et on en rit ! 

Mais lorsqu’on est plus petit, les situations nouvelles sont des événements marquants, ce que propose de montrer David Lescot, à hauteur d’enfant, dans Je suis trop vert : Moi est un personnage à la première personne qui, après avoir eu trop peur lors de son entrée en 6e et eu trop d’amis dans les mois qui ont suivi (dans deux pièces signées du même David Lescot), se trouve désormais trop vert dans sa première expérience de stage à la ferme. 

Dans les rapports parfois abrupts entre jeunes, Personne n’est ensemble sauf moi de Clea Petrolesi met en scène quatre presqu’adultes porteurs de handicaps invisibles, entre solitude et solutions créatives. Démêlant finement les relations amoureuses, Ring (variations du couple) de Léonore Confino, mis en scène par Côme de Bellescize, offre quant à lui l’opportunité de rire et de pleurer en suivant un match en seize rounds où l’amour de l’autre se tisse avec l’amour de soi.

Classiques et costumes d’époque 

Ce sont des marqueurs de chaque saison monégasques… L’amour et les grands classiques sombres et merveilleux ! Bérénice de Jean Racine, mis en scène par Guy Cassiers, avec la troupe de la Comédie-Française, sera accueillie au Grimaldi Forum pour l’occasion. C’est en revanche au Théâtre Princesse Grace que s’installeront Les Liaisons Dangereuses, d’après le roman épistolaire de Choderlos De Laclos, mis en scène par Arnaud Denis, avec Delphine Depardieu (Molière 2025), puis La folle journée ou le mariage de Figaro de Beaumarchais, mis en scène par Léna Breban qui joue aux côtés de Philippe Torreton. Avec force, ces textes anciens retentissent encore : manipulations, jeux de pouvoir, domination sociale… Notre société a si peu évolué, comme le souligne Léna Breban. La finesse des propos et des personnages est la clé de ces succès intemporels.

Tout n’est pas dit, la saison n’est pas finie, et nous y reviendrons dans nos pages. Mais sachez que les Rencontres philosophiques de Monaco traitent chaque mois d’un thème de notre quotidien : de quoi décortiquer calmement les rapports entre frères et sœurs, les questions de fidélité, de perversion, de rédemption ou de gratitude. Et alimenter notre compréhension du monde et de l’humain.

Dès le 2 oct, Théâtre Princesse Grace, Monaco. Rens: tpgmonaco.mc

photo: Lumière ! © Frédérique Toulet