Visions fragmentées 

Visions fragmentées 

À la rentrée, la Villa Cameline ouvre ses portes à l’univers singulier de Charline Bourcier. L’exposition prend la forme d’un parcours onirique au sein d’un lieu déjà chargé de mémoire et de mystère. Un dialogue s’installe entre l’architecture et les œuvres, entre le rêve et le réel, entre ce qui se montre et ce qui échappe.

L’œuvre de Charline Bourcier se déploie à la croisée de la figuration et de l’abstraction. À première vue, ses toiles semblent narratives, mais un trouble s’installe vite. Les scènes se dédoublent, s’imbriquent, se désorganisent volontairement. Il n’est pas question de raconter une histoire linéaire, mais de proposer une constellation d’images qui, par leurs associations imprévues, provoquent une expérience quasi onirique. Comme dans un rêve, la logique cède la place à la sensation. « Je glisse plusieurs images dans une œuvre, explique l’artiste. Il y a des associations imprévues, un peu comme dans un rêve. Je laisse le spectateur tirer son propre sens. » Ce refus d’une lecture univoque est au cœur de sa démarche : Charline Bourcier conçoit l’art non comme une démonstration, mais comme un éveil visuel, sensoriel, critique – mais jamais dogmatique. 

Si ses œuvres abordent des problématiques sociétales et environnementales, elles évitent l’écueil de l’art militant. Elles interrogent plutôt notre manière de percevoir le monde, de le lire, de l’habiter. Ce trouble, cette désorientation voulue, naît aussi de la technique. La peinture, chez l’artiste, est un terrain d’expérimentation : coulures, frottements, recouvrements partiels, inachèvements apparents… Ces altérations plastiques ne cherchent pas à effacer, mais à révéler autrement. Il ne s’agit pas de détruire, mais, selon ses mots, de « rendre autre« . La même logique irrigue ses dessins au fusain, où les effacements font surgir des images inattendues, silhouettes fantomatiques ou souvenirs visuels venus d’un passé flou. 

Avec cette exposition, Charline Bourcier poursuit son exploration des seuils : entre figuration et abstraction, entre conscience et inconscient, entre engagement et poésie. Son œuvre ne donne pas de réponses, mais pose des questions. Dans un monde saturé d’images et de certitudes, c’est sans doute là que réside sa force.

13 sep au 18 oct, Maison Abandonnée [Villa Cameline], Nice. Rens: villacameline.fr

photo: Prévention et maîtrise du risque environnemental, acrylique sur toile, 200 x 180 cm, 2021 © Chaline Bourcier