08 Oct Jazz au féminin
C’est le thème de l’édition 2025 du festival Jazz sous les Bigaradiers, programmée du 1er au 10 novembre à La Gaude, par l’association So What.
Je dois à ce festival de savoir ce qu’est un bigaradier : une orange amère, dont la seule pensée me fait saliver d’abord, rêver ensuite. Je lui dois ensuite plusieurs célébrations musicales, dont cette année, une mise en avant du jazz au féminin. Une initiative qui mérite qu’on la soutienne – l’équilibre entre les genres (sans même parler d’une parité à la sécheresse arithmétique discutable) est encore une figure floue et lointaine. Mais sous les bigaradiers, on pourra rencontrer quelques genres (musicaux !) différents, du blues, du hard bop, du swing à l’ancienne et même un peu d’électricité…
8 lieux, 15 concerts et plus de 100 musiciens. Voilà pour les chiffres. Côté noms, on peut citer le Chromatic Trio, le Franck Taschini Quartet, David Amar et Claude Tedesco réunis, la projection du film Billie de James Erskine, en collaboration avec les Rencontres Cinématographiques de Vence, ou encore la conférence de Cédric Fioretti sur Les femmes dans le jazz…
Et justement, parmi elles, on aura le plaisir d’entendre Adèle Viret, le 6 novembre, en partenariat avec les Jeudis du Jazz à Cannes. La musicienne de 26 ans a beaucoup écouté son père, l’exceptionnel compositeur et contrebassiste Jean-Philippe Viret, et a réuni autour de son violoncelle un quartet intrépide qu’elle emmène dans des climats variés, des échos balkaniques à une musique de chambre sophistiquée, intime et délicate. Le résultat est un jazz assez écrit (pour trompette, basse et batterie en plus du violoncelle), un univers frémissant et inédit qui a déjà été distingué par le dispositif Jazz migration.
Le 8 novembre, on écoutera Sélène Saint-Aimé, jeune contrebassiste et chanteuse. D’origine mi-antillaise, mi-africaine, mais née dans la région parisienne, elle fait partie de cette talentueuse troupe des bassistes qui chantent dont la plus connue est la magnifique Esperanza Spalding. Elle a monté depuis quelques années quelques orchestres remarquables (avec notamment Hermon Mehari, Irving Acao, Sonny Troupé… La crème quoi!) et continue de mêler sa voix et ses cordes comme l’ont fait avant elle de très nombreux musiciens, de Slam Stewart dans les années 40 à Avishai Cohen aujourd’hui. Étonnant et gracieux échange entre ces deux caisses de résonance dont l’une souligne l’autre et dont les registres se poursuivent. Elle illustre ses propres compositions, quelques souvenirs des standards du passé, et des pépites redécouvertes dans son histoire lointaine, pour évoquer les sons ancestraux des îles esclavagisées.
La veille on aura eu le duo étonnant de Mieko Miyazaki et Frank Wolf, ou la rencontre d’un saxophoniste lié à la fois aux traditions alsaciennes et au jazz manouche et d’une joueuse de koto. Mieko Miyazaki a en effet été formée à cet instrument japonais de la façon la plus traditionnelle, avec des maitres, puis à l’Université de Tokyo. Et elle maitrise étonnamment cette espèce de cithare orientale, instrument à cordes (13 en général) au fort vibrato et aux harmoniques surprenantes. Mieko vit depuis 20 ans en France et s’est essentiellement liée au jazz le plus téméraire. Elle a notamment participé au trio Saiyuki qui mettait en avant trois virtuoses sur leur instrument (guitare et tabla pour les deux autres), et dialogue maintenant avec Frank Wolf qui au saxophone alto découvre avec elle des horizons insoupçonnés.
Ces filles détonnent… profitons-en !
1er au 10 nov, lieux divers, La Gaude & Cannes. Rens: assowhat.org
photo: Sélène Saint-Aimé © Nicolas Derne