05 Nov Amour interdit et sororité
Le Théâtre National de Nice programme Thérèse et Juliette, pièce tirée du roman longtemps censuré de Violette Leduc écrit entre 1948 et 1951, ou l’histoire d’une liaison passionnée entre deux adolescentes dans un pensionnat de Douai. Une mise en scène signée Marie Fortuit, qui sort de l’oubli l’auteure et son œuvre dont la parution en 1966, fit scandale.
Du 4 au 6 décembre, la salle des Franciscains accueille cette pièce en deux parties, dont la première est l’adaptation du roman Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, brulot d’érotisme sans détours où le désir exsude, triomphant, célébré par une plume empreinte de franchise et de poésie.
« C’est un grand défi de mettre en scène la sexualité féminine au théâtre« , indique Marie Fortuit, fondatrice de la Cie des Louves à Minuit. Pour décor, un dortoir de pensionnat, trois lits, un rideau, un piano, empli des flambées à venir. La comédienne et metteuse en scène évoque la découverte de ce désir vertigineux qui embrase les deux jeunes filles et les émois qui traversent leurs corps. À travers ce récit largement autobiographique « qui n’est pas sale; il est vrai« , Leduc ajoute vouloir « rendre le plus exactement possible les sensations de l’amour physique. » L’audace et le courage de décrire. Et accéder au mystère de l’intime à perte de vue. Une relation, trois jours, trois nuits, d’une subversion et d’une intensité telles entre les deux amantes que – après avoir été dénoncées – leur époque se dresse pour la condamner et y mettre un terme. La mère de Thérèse revient chercher sa fille. Les héroïnes ne se reverront plus.
Puis, « la seconde partie bascule dans la censure du livre. 30 ans plus tard, les interprètes de Thérèse et Isabelle jouent Violette Leduc et Simone de Beauvoir parce qu’elle a été éminemment importante dans la vie de Violette Leduc. » C’est grâce à l’intellectuelle et romancière française, théoricienne du féminisme, que Leduc entre en littérature. « C’est vraiment elle qui va l’accompagner. C’est la première amitié sororale de la littérature et j’avais très à cœur que Simone de Beauvoir soit présente dans le spectacle. J’ai souhaité mettre en scène ce roman parce que 70 ans plus tard il reste contemporain. La société a évolué bien sûr, l’homosexualité est plus admise, mais malgré tout ça reste un creuset de la honte. Finalement on voit très peu dans un théâtre deux adolescentes qui s’aiment follement. Une façon aussi de rendre nos récits visibles. »
4 au 6 déc, Salle des Franciscains – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr
photo : Thérèse et Juliette © DR