05 Nov Festival de Danse Cannes – Côte d’Azur : nouveau tempo !
Fort de son succès qui n’a cessé de croître au fil du temps, le Festival de Danse Cannes – Côte d’Azur, auparavant biennale, adopte un nouveau rythme en devenant un rendez-vous annuel, sous la direction artistique de Didier Deschamps qui le présente comme un moment privilégié pour fêter la danse.
Matière mouvante d’une incroyable richesse, l’art chorégraphique se réinvente inlassablement en puisant dans son histoire, dans les traditions, mais aussi dans l’évolution de la société qui le porte à s’interroger sur sa forme, son message, son lien aux autres. En fédérant plusieurs théâtres des Alpes-Maritimes et du Var autour de cet évènement – Anthéa (Antibes), Forum Jacques Prévert (Carros), Scène 55 (Mougins), Théâtre de Grasse, Théâtres en Dracénie (Draguignan), Théâtre La Licorne (Cannes), Le Forum Estérel Côte d’Azur (Fréjus) et Théâtre National de Nice –, la danse contemporaine se répand dans les programmations, attise la curiosité et séduit par sa qualité. Ce ne sont pas moins de 24 compagnies internationales qui sont attendues afin d’offrir à notre regard toute l’inventivité qui jaillit un peu partout en Europe.
Première fois sur une scène française
L’ouverture du festival, le 22 novembre, sera grandiose avec la venue du Ballet national d’Espagne qui propose un spectacle total avec Afanador. Cette création de 2023 réunit 40 interprètes autour d’une création de Marcos Morau qui fait vibrer l’œuvre du photographe colombien Ruvén Afanador. Si ce dernier a immortalisé sur papier glacé les stars du monde entier, il est aussi l’auteur de séries de clichés réunis dans deux livres, Angel Gitano et Mil Besos, qui révèlent sa vision singulière du flamenco. Le chorégraphe, accompagné du collectif La Veronal, s’inspire de cet univers pour imaginer une œuvre atypique, en noir et blanc, au travers de laquelle les codes sont bousculés, fantasmés, magnifiés.
Moritz Ostruschnjak présentera l’étonnant Trailer Park créé pour le Tanzmainz, compagnie de danse contemporaine du Staatstheater de Mayence. Le chorégraphe munichois, issu de la culture hip-hop avant d’intégrer des formations davantage axées sur la danse contemporaine, base sa recherche sur les évolutions du monde notamment sa digitalisation. Pour sa seconde collaboration avec le Tanzmainz, il invite une dizaine d’interprètes à se lancer dans une danse inspirée des réseaux sociaux où les mouvements s’enchaînent à la façon d’un scrolling qui hypnotise et fascine. Une pièce qui invite à redresser la nuque pour apprécier toute la dimension du spectacle vivant, car la création contemporaine s’inspire souvent du quotidien pour transmettre par les corps des messages pour lesquels les mots ne suffisent plus.
Avec la pièce intitulée Mais au fait, pourquoi ?, Anton Lachky et Éléonore Valère, basés en Belgique, rappellent quant à eux combien la liberté est précieuse. Par une écriture accessible à tous, y compris aux plus jeunes, ils évoquent un monde dystopique, aux allures totalitaires, dans lequel l’individu évolue en mode automatique. L’avènement d’un fait improbable va faire renaître ce besoin inextinguible de s’approprier sa propre histoire.
Du côté des Pays-Bas, se développe depuis 2015 un processus de création qui unit le Club Guy & Roni à une compagnie de danse extérieure dans le but de favoriser des échanges interculturels. Bad Nature est le nouveau volet de cette Human Odyssey.
Enfin, l’Italie révèlera quelques pépites remarquées à l’occasion du prix international Prospettiva Danza Teatro de Padoue, avec lequel Didier Deschamps, directeur artistique du Festival de Danse Cannes – Côte d’Azur, initie une nouvelle collaboration permettant une mise en lumière de jeunes talents. Car le fondement de ce grand rendez-vous de la danse est de favoriser la découverte et la création sous toutes ses formes.
Cinq créations mondiales
Parmi les créations mondiales attendues, trois sont signées d’artistes français ! On n’est pas toutes des Cendrillons est une œuvre originale d’Eugénie Andrin dans laquelle elle rend hommage aux multiples visages de la femme. Chaussée de pointes ou de talons aiguilles, celle-ci évolue à travers un langage chorégraphique déstructuré donnant lieu à des tableaux audacieux. Hervé Koubi a imaginé deux pièces Nuits Blanches et Take back the night pour lesquels il s’inspire de récits populaires afin de célébrer à sa façon la résistance et la liberté d’être soi. Quant à Mickaël Le Mer, il propose Enso-Boléro revisitant la composition de Maurice Ravel pour révéler une forme de transe à la fois énergique et spirituelle.
Lorena Nogal, l’une des plus brillantes danseuses d’Espagne a pour sa part imaginé quatre soli qu’elle partagera en différents lieux et au plus près du public pour un moment d’une rare intensité. Tandis que le chorégraphe portugais Paulo Ribeiro sublimera les émotions dans Louis Lui avec une partition interprétée en direct par l’Orchestre national de Cannes.
Des compagnies prestigieuses
Le festival permet également de découvrir le répertoire de quelques-unes des plus grandes compagnies du moment qui s’empareront des scènes de toute la Côte d’Azur. On se régale déjà de retrouver le Junior Ballet de l’Opéra national de Paris, créé par son directeur José Martinez, qui mettra son talent au service de l’interprétation de quatre pièces signées par des monstres sacrés de la danse, tels Balanchine ou Béjart.
Le Ballet de l’Opéra Grand Avignon, désormais dirigé par Martin Harriague, ouvrira quant à lui la porte à trois chorégraphes de la jeune génération américaine : Rena Butler, le duo Mike Tyus & Luca Renzi, et Stephen Shropshire. Alors que Maud Le Pladec, directrice du CCN – Ballet de Lorraine, a fait le choix d’une programmation au féminin en choisissant trois chorégraphes femmes pour faire briller les interprètes de sa compagnie: Twyla Tharp, Ayelen Parolin et elle-même, dans sa dernière création Works.
On se réjouit aussi d’apprécier une danse qui intègre totalement son époque avec le phénomène Leïla Ka, des artistes qui bouleversent les codes comme Rocío Molina avec le flamenco, ou Jonas & Lander avec le fado, qui apportent de la joie à l’image de la Sud-Africaine Robyn Orlin ou de la novatrice Simonne Rizzo, qui parlent aux plus jeunes telles Emilie Lalande ou Marion Muzac.
Autant de représentations ponctuées d’une multitude de tables rondes, ateliers, projections, actions envers la jeunesse… avant un final magistral en compagnie des jeunes danseurs du Nederlands Dans Theater 2, au Palais des Festival le 7 décembre !
22 nov au 7 déc, Palais des Festivals (Cannes), Anthéa (Antibes), Forum Jacques Prévert (Carros), Scène 55 (Mougins), Théâtre de Grasse, Théâtres en Dracénie (Draguignan), Théâtre La Licorne (Cannes), Le Forum Estérel Côte d’Azur (Fréjus), Théâtre National de Nice. Rens: festivaldedanse-cannes.com
photo : Jonas & Lander © José Caldeira