La corde au cou

La corde au cou

Louis Arene, ex-pensionnaire de la Comédie Française, co-directeur de la Compagnie Munstrum Théâtre, est en tournée à Toulon et Nice avec Le Mariage Forcé de Molière, dont il signe la mise en scène. Une comédie-mascarade courte en un acte, écrite en 1664, qu’il décape à l’acide par une déprogrammation sauvage du logiciel mariage, et où il passe au karcher la relation de couple.

Célibataire imbu de sa personne, arrogant, Sganarelle a 52 ans et beaucoup d’argent. Du temps de Molière, 52 ans c’était déjà le grand âge. Et alors ? Sganarelle veut s’offrir une vieillesse douillette avec une union devant Dieu auprès d’une fraîche demoiselle toujours prête en cas de besoin. Il a ciblé Dorimène, très jeune, très jolie, car pressé de boucler ce mariage arrangé prévu le soir-même. Lubie que lui déconseille son ami Géronimo. Il voit des philosophes. Des bohémiennes. Même son de cloche, rires sous cape… Soudain, peur d’être cocu. De son côté, Dorimène confie à son amant Lycaste sa hâte de signer au bas du parchemin pour s’émanciper de son père, et profiter des lingots du vieux mari dans l’attente de sa mort le vite possible. Sganarelle entend. Trop tard. Il était donc déjà cocu. Il file se rétracter chez le père de la belle. Illico il envoie son fils, qui défie Sganarelle en duel. Peur de se battre. Piège parfait. 

Sylvia Bergé, Christian Hecq, Gaël Kamilindi, Benjamin Lavernhe, et Julie Sicard, membres de la Troupe de la Comédie-Française, tous sous la direction de Louis Arene, jubilent à brouiller les pistes et déstabilisent notre perception à grand renfort de travestissements qui réinitialisent la notion de genre. 

Resserrés dans un espace clos pentu fait de lattes de bois blanchi, les personnages surgissent, disparaissent par des portes dérobées, sans temps mort. Masques comme une seconde peau se prolongeant jusqu’au crâne en casque lisse et luisant, couleur chair… Qui derrière ? Un homme habillé en femme, une femme habillée en homme. Une implacable commedia dell’arte ultra physique qui la joue Grand-Guignol, histoire de faire passer la pilule. 

Ridiculisé, rossé, conduit de force à l’autel, ce gros bourdon de Sganarelle convolera en injustes noces avec une fine mouche prête à tout, pour déjouer le sinistre sort fait aux femmes dans les liens du mariage sous Louis XIV. Et comme de la gêne face au complet désarroi de ce bonhomme qu’on a dûment roulé dans la farine. Mais quoi, tel est pris qui croyait prendre n’est-il pas ?

13 au 15 oct, La Cuisine – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr
19 au 22 nov, Le Liberté, Toulon. Rens: chateauvallon-liberte.fr

photo : Le mariage forcé © Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française