05 Nov La culture du compromis
Si l’on en croit les médias et le petit monde de la bien-pensance, les partis et les Français manquent d’une « culture du compromis ». Pour sauver la France (et faire voter le budget 2026 des Macronistes), il faut que les représentants du peuple – qui nous représentent si bien (?) – se rapprochent, tous partis confondus, dans un esprit de compromis, grâce à des conciliabules à huis clos !
Cette « culture », nous dit-on, fait merveille en Allemagne et au Parlement européen, associant la droite chrétienne et la social-démocratie : comme chacun sait, tout va très bien chez les germains, l’AFD, parti nazi, fait de grands progrès tandis que l’Europe sociale nous fait vivre toujours plus confortablement…
Mieux encore, le « grand arrangement » qu’on nous propose entre politiciens doit s’étendre à toute la société ; le compromis devenant une composante essentielle de la « culture française », il doit s’élever au niveau d’une valeur fondamentale des relations humaines et l’expression même d’une démocratie moderne.
Reste à savoir, cependant, s’il ne s’agit pas d’un marché de dupes entre les puissants et les faibles, les dominants et les dominés : « Donne-moi ta montre et je te donnerai l’heure« , disent les maîtres au petit peuple depuis les périodes les plus reculées de l’Histoire et bien avant l’invention de l’horlogerie !
Cette valeur, à l’évidence, n’est pas appropriée à la sortie du royaume de l’argent où les spéculateurs sont rois : pratiquer le compromis, c’est se tromper de route, à moins de se satisfaire de ramasser les miettes abandonnées par « ceux d’en haut » dans un « ruissellement » très généreux !
« Compromis », en effet, signifie « compromission », en politique comme en amour, parce qu’on a peur de la rupture : dans les deux cas, en général, cela finit très mal.
Le monde des affaires donne « l’exemple » lorsqu’il use des contrats très inégaux en lieu et place de la loi qui se veut générale et égalitaire, pour le plus grand mal des plus faibles.
Il est toutefois des compromis parfaitement fondés lorsqu’il s’agit de sauvegarder la vie, comme c’est le cas des Palestiniens à Gaza. Il y a certaines circonstances atténuantes aussi lorsqu’ on est pauvre et faible et qu’il faut échapper aux puissants qui méprisent et écrasent. Bien que la roue de l’Histoire s’en trouve ralentie.
L’alliance et l’échange, et le respect des différences, tout au contraire, sont sources de richesses : en dépit des contradictions qui surgissent, ils expriment la volonté de vivre ensemble, de partager et de comprendre et non « d’apaiser » les vaincus insatisfaits. Mais impossible sans l’égalité !
Proche de la trahison de tout idéal et de la corruption, l’esprit du compromis (refusons le terme de « culture »), cache- sexe de la domination, illustre la dégradation d’une société toute entière qui n’a qu’un seul projet : perpétuer son délire et faire marcher au pas le plus grand nombre. Le Panthéon qui accueille les Grands Hommes, de Victor Hugo aux Résistants des années 40, Jean Moulin, les Manouchian, où l’avocat Robert Badinter dressé contre la peine de mort, n’étaient pas, semble-t-il, animés d’un « esprit de compromis » !
De quelle pathologie sont atteints ceux qui s’arrogent le droit de dire n’importe quoi, selon les circonstances ?
Pour ne pas effrayer, ceux d’en haut préfèrent parfois le terme de « coalition » lorsqu’il s’agit d’associer ce qu’il reste de la gauche et de la droite déduction faite des abstentionnistes.
C’est une illusion s’il manque l’essentiel : des ennemis désignés et menaçants qu’il faut médiatiser. Faire peur est une nécessité pour légitimer une coalition : il y a l’ennemi de classe toujours à disposition, les mécontents qui sont les pauvres qui réfléchissent, et il y a toujours de par le monde une Puissance qui menace : un jour les Allemands, un autre jour les Chinois, les « autres » étant toujours du mauvais côté de l’Histoire.
Autrement dit, pour sortir de la crise, il faut en fabriquer une autre s’ajoutant à la première, et pour qu’il y ait la paix, il faut une bonne guerre !
Décidément, la fin de la préhistoire se fait attendre.