05 Nov Mourir auprès de mon amour
Ah, l’Égypte des pharaons ! Aida, opéra de Giuseppe Verdi qui en composa 26, est annoncé à Monaco pour 3 représentations. Chef-d’œuvre en 4 actes, subtil dosage entre grand opéra français et mélo à l’italienne, Aïda sort le grand jeu en version complète au Forum Grimaldi, du 16 au 22 novembre.
Créé avec faste à l’Opéra du Caire en décembre 1871, pour célébrer l’ouverture du Canal de Suez, et donné pour la première fois en 1884 à l’Opéra Garnier de Monte-Carlo, l’oeuvre de Verdi n’avait pu y déployer sa profusion scénique faute d’espace. Amour, jalousie, guerre, traîtrise, devoir, sacrifice, et pyramides seront au rendez-vous sur le Rocher.
Lors de la première Italienne, à Milan en 1872, le public offre 32 rappels au génial compositeur italien. Car cette œuvre-fleuve charrie un flot ininterrompu d’émotions intimes, violentes, et contrastées, entre grandeur et bassesse. Davide Livermore, metteur en scène et chorégraphe que le film muet Cabiria (1914) a largement nourri, tout en ayant eu recours à la vidéo et au numérique avec les vidéos du studio D-Wok, précise que « Aida est avant tout un opéra construit pour raconter l’histoire de l’amour courageux entre un homme et une femme d’ethnies différentes et de fronts militaires différents« .
Rencontre choc de deux civilisations. Une histoire d’amour contrée par une autre femme, l’autorité d’un père, et l’intraitable pouvoir sacré des religieux. Aida (Aleksandra Kurzak, en remplacement d’Anna Pirozzi, prévue initialement) est une jeune Éthiopienne à la Cour du Pharaon Ramsès III, esclave de sa fille, la princesse Amnéris (Anne-Nicole Lemieux). Aida cache qu’elle est la fille d’Amonasro (Ludovic Tézier), roi d’Éthiopie. Elle cache aussi sa relation avec Radamès (Arsen Soghomoyan), général égyptien parti en campagne combattre son peuple, les Éthiopiens. Mais le soldat est promis à Amnéris… qui découvre leur amour secret. La jalousie couve. Radamès a capturé Amonasro le père d’Aïda qui va contraindre Aïda à trahir Radamès en lui soutirant des informations. Écartelée entre son amour, la loyauté qu’elle doit à son pays et à son père, Aïda cède. Accusé de trahison, Radamès est condamné à être emmuré vivant dans un tombeau malgré le déchirant plaidoyer d’Amnéris – « Pitié pour lui ! Pitié pour moi ! » – face aux Prêtres, pour obtenir sa grâce. Aida décide de mourir avec Radamès: « Auprès de toi, la mort sera douce ! »
Pourtant, avec la scène finale où s’élèvent les voix d’Aïda et de Radamès, puis celles des chœurs religieux, l’opéra dirigé par Massimo Zanetti se referme sur « quelque chose de doux et d’éthéré, un adieu simple à la vie« . Comme l’avait souhaité Verdi.
Bonsoir Monte-Carlo
À l’occasion du 50e anniversaire de la disparition de Joséphine Baker, l’Opéra de Monte-Carlo présentera également Bonsoir Monte-Carlo, le 21 novembre dans le cadre de la Fête nationale monégasque. Commandé par l’institution monégasque, ce spectacle célèbrera la mémoire de celle qui fut à la fois chanteuse, danseuse, résistante et militante des droits humains. Icône absolue du jazz et de la liberté, Joséphine Baker avait tissé un lien fort avec la Principauté, où elle se produisit souvent et où elle repose encore aujourd’hui. Ce concert-hommage, porté par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, revisitera son répertoire et fera revivre l’esprit d’une artiste lumineuse, amie de la princesse Grace, dont le courage continue d’inspirer.
Aida, 16 au 22 nov, Grimaldi Forum, Monaco • Bonsoir Monte-Carlo, 21 nov, Opéra de Monte-Carlo, Monaco. Rens: opera.mc
photo : Aida, regia di Davide Livermore © Fabrizio Sansoni-Opera di Roma 2022-23