11 Déc Beethoven, vibrations partagées
Après Berlioz Trip Orchestra en 2022, la Cie VIVANT!e, associée à l’Opéra de Nice et à l’Orchestre national de Cannes, propose un nouveau spectacle musical, complété par un parcours d’exposition immersif. Cette année, focus sur l’immense Beethoven.
Beethoven ! En voilà un nom qui fait vibrer la fibre musicale de tout mélomane. Né en 1770 à Bonn, le compositeur a produit tout au long de sa vie d’immenses chefs-d’œuvre, lui qui fut pourtant touché par une surdité progressive dès l’âge de 27 ans. En 1824, il compose d’ailleurs sa Neuvième Symphonie alors qu’il n’entend quasiment plus rien… Cette œuvre lèguera cependant au peuple européen ce qui deviendra son hymne : L’Ode à la joie. Un symbole et un handicap qui ont construit la légende et marqué le récit du dernier grand représentant du classicisme viennois.
Cette perte de l’acuité auditive a constitué le point de départ de Ludwig van… un autre point d’ouïe, que l’autrice et metteuse en scène Géraldine Aliberti-Ivañez définit comme « un spectacle de théâtre musical sur la surdité individuelle, sociale et politique. » Au plateau, Jean-Christophe Quenon incarne un gardien de phare fou de la musique de Beethoven, tandis que la chansigneuse Marie Lemot interpelle le comédien en Langue des Signes, grâce à un dispositif de vidéo interactive illustrant une sorte de « miroir sourd » du personnage principal sombrant dans la démence. « L’orchestre présent sur scène n’est que le fruit de son imagination, mais à force, ce mirage s’impose à lui et à nous. » Sous la direction musicale d’Alexandra Cravero, l’Orchestre philharmonique de Nice se chargera d’interpréter la bande-son composée d’extraits d’œuvres du maitre allemand et d’une création sonore de Lucas Lelièvre, le 7 janvier à Nice, avant que l’Orchestre de Cannes ne prenne le relais, le 10 janvier à Vallauris et le 17 janvier à Cannes.
Un spectacle et une exposition
Pour cette création, l’autrice s’est posée plusieurs questions : « Comment nous sommes-nous mis d’accord sur l’Ode à la Joie, une mélodie composée par un sourd pour représenter notre Europe. Comment faire s’entendre 27 pays et 27 cultures différentes sur l’œuvre d’un sourd ? Faut-il entendre pour s’entendre ? Comment différents points d’ouïe sont possibles pour faire société ensemble ? » Des interrogations qui ont poussé Géraldine Aliberti-Ivañez à explorer les liens entre l’écoute et la démocratie, entre la musique et nos relations sociales, et alimentent par ailleurs le propos de l’exposition Ludwig Van – Écouter pour s’entendre, présentée à la Micro-folie Départementale 06 jusqu’au 24 janvier 2026.
Celle-ci plonge le visiteur dans un voyage où Beethoven devient à la fois guide et prétexte : celui d’un génie devenu sourd, isolé, pourtant capable d’avoir offert à l’Europe son hymne futur. À travers lui, c’est l’écoute dans toutes ses nuances qui se déploie : physiologique, mentale, sociale, politique… et parfois défaillante sans qu’on s’en rende compte. Le parcours propose en premier lieu une immersion sensorielle avec le principe de la conduction osseuse, mais aussi des illusions sonores et des récits de musiciens sourds. Il se poursuit du côté plus intime : comment perçoit-on ce qui nous traverse, et comment accueille-t-on ce qui vient des autres ? Vidéos, textes, fragments littéraires illustrant cette démarche sensible. L’exposition s’achève sur la fameuse Ode à la joie interprétée en chansigne, à laquelle le visiteur est invité à s’initier : une lumineuse façon de découvrir un autre langage de l’écoute, où voir devient une façon d’entendre.
Spectacle musical : 7 jan, Opéra de Nice – 10 jan, Le Minotaure, Vallauris – 17 jan, Auditorium des Arlucs. Rens: opera-nice.org – orchestre-cannes.com – vallaurisgolfejuan-tourisme.fr • Exposition : jusqu’au 24 jan, Micro-folie Départementale 06, Nice. Rens: departement06.fr
photo : Ludwig Van… Un autre point d’ouïe © Cie VIVANT!e