11 Déc Caroline Rivalan et le contre-envoûtement
Au Narcissio, après avoir déambulé entre les éditions d’artistes, les accrochages de bijoux et d’objets uniques, un grand espace s’ouvre à nous. Dans cet espace expérimental de production et de diffusion, Florence Forterre invite depuis plusieurs années des artistes en n’hésitant pas à montrer des étapes de recherche dans le travail de création. Caroline Rivalan y expose jusqu’au 17 janvier 2026.
Lors d’une exposition en 2022 à la galerie Eva Vautier, qui la représente, l’artiste avait « démonté » les postures des hommes sachants, réunis autour du Pr Charcot qui travaillait sur la prétendue hystérie des femmes, les réduisant à l’état d’objets d’étude. Caroline Rivalan avait réécrit l’Histoire comme on retournerait un gant trop longtemps porté, par des collages proposant une simple et salvatrice inversion des rôles. Évoquant sa pratique artistique en général, l’historienne de l’art Catherine Macchi écrivait alors :
« L’atmosphère étrange qui se dégage des œuvres de Caroline Rivalan fait clairement du pied à l’onirisme, à l’étrangeté et à l’érotisme surréalistes. » Oui, il est toujours question de mot rêvé, de dessin qui parle, de scène qui dialogue, de paysage, de sauvage, de corps, de femmes. Au Narcissio, l’artiste associe spontanément les ressorts esthétiques d’une nature sauvage à la force libre des femmes. On traverse l’espace en slalomant entre des tissus imprimés tendus comme des fenêtres ouvertes, langues de jardins parfaitement surréalistes, Las Pozas. En ronde sur les murs, des danseuses forment une fresque farandole.
Pour cette artiste jadis costumière, toujours adepte des collages et des rapprochements, les corps sont replacés en de stratégiques mises en scène. Elle puise dans des images d’archives du XIXe siècle ou dans ses propres recherches, comme ces danseuses burlesques mexicaines qui dansent le jour des morts se grimant le visage en pointillés macabres. Là, ces femmes sérigraphiées aux contours vibrants dansent bel et bien entre ces portes spatiotemporelles qui mènent à l’élan du vivant. Caroline Rivalan travaille depuis 2 ans sur cette série Las Pozas, inspirée du jardin surréaliste conçu par l’architecte Edward James au Mexique qu’il a créé entre 1962 et 1984. « L’irrigation m’accompagne », me dit-elle. Et je me demande si ses mots sont un collage sémantique intentionnel ou si cet assemblage merveilleux jaillit d’elle de façon autonome. Car ses deux sujets de prédilection qu’elle travaille spontanément, la nature et la femme, ont un point commun : l’une comme l’autre connaît la mécanique de domination. Par l’effet d’un Contre-Envoûtement – titre de l’exposition qui évoque les Contre-envoûtements de Victor Brauner dans les années 40 alors qu’il s’opposait aux mécanismes et politiques fascistes –, l’objet doit devenir sujet.
Les discours colportés de masculinistes, virilistes et nationalistes ont fait renaître chez elle un sentiment d’aversion/inversion. Encore un gant trop porté à retourner, comme un miroir tendu, un pied-de-nez.
Jusqu’au 17 jan (fermeture du 20 déc au 5 jan). Le Narcissio, Nice. Rens : le-narcissio.fr
photo : Caroline Rivalan, Contre-envoûtement, vue de l’exposition, Le Narcissio, Nice © François Fernandez