Coltrane en héritage

Coltrane en héritage

Évènement à la Casa Jazz ! L’association varoise programme deux concerts du Jultrane Quartet, le 23 janvier prochain à 17h30 ou 21h (au choix), à la Salle Félix Martin de Saint-Raphaël.

Quel plaisir que cette déambulation dans le souvenir de Coltrane que nous propose Julien Ndiaye. Dès la première note, on pense à cet immense inventeur du jazz moderne et l’on mesure combien son héritage est intégré, profondément assimilé, par ce saxophoniste d’aujourd’hui qui nous prend par la main et nous entraîne dans le palais coltranien. La douce attaque de la note, voluptueusement prise légèrement en dessous puis montée à sa juste hauteur, son grain, son velouté, sa largeur, jusqu’à ce chant incantatoire qu’elle amorce : tout cela montre bien que l’héritage du maître est maîtrisé.

Jultrane : c’est le pseudonyme que le musicien a choisi, en forgeant ce mot-valise malicieux qui donne le ton. Le répertoire de prédilection de son quartet met en avant des compositions qui ne sont pas forcément les plus connues du panthéon coltranien et qui regardent d’un côté vers le hard bop des années 60, au faîte de sa magnificence, de l’autre vers les audaces hypnotiques qui ont suivi. Mais les thèmes choisis, les fragments évoqués par Jultrane, n’appartiennent pas à la toute dernière période de Trane, à son versant le plus débridé ou le plus possédé : trop dangereux de reprendre, plus ou moins note à note, ces zébrures d’une beauté convulsive.

Julien Ndiaye se garde d’ailleurs de verser dans l’imitation, dans le « à la manière de ». Il conserve de son inspirateur cette quête de sérénité sincère, et son quartet tout entier s’est imprégné de cette musique. Depuis 2018, il la fréquente assidûment, se familiarise avec ses structures et ses climats, avec la distance que les instruments mettent entre eux. Chaque musicien porte la mémoire de celui qui l’a précédé dans le quartet de référence, et l’ombre de McCoy Tyner, le pianiste historique, est parfois évoquée par Frédéric d’Oelsnitz dans ces spirales à cinq notes qui étaient sa signature.

Notre Jultrane compose aussi et construit son propre univers, mais là encore on sent où vont ses admirations et quelle atmosphère il respire : même s’il ne joue pas Giant Steps, il marche sur les pas d’un géant.

Notez que le mois de décembre verra le quintet de Michel Proust, saxophoniste et ancien directeur de Blue Note France, de plonger dans l’univers de ce légendaire label qui a façonné le son du jazz moderne.

Michel Proust Quintet, 12 déc • Jultrane Quartet, 23 jan. Salle Félix Martin, Saint-Raphaël. Rens : la-casa-jazz.com

photo : Julien Ndiaye (Jultrane Quartet) © Jazz Family