11 Déc Histoire drôle de vies tristes
Disséquer les maux actuels pour les présenter sur un plateau d’argent – ici, la scène de théâtre – avec un langage si cru qu’il en devient hilarant, tel est le credo de la pièce de Rudy Milstein, C’est pas facile d’être heureux quand on va mal, Molière de la comédie en 2024.
Un plateau qu’il suffit de redresser pour se retrouver face à un miroir. Car oui, beaucoup pourront se reconnaître dans ces personnages, qu’ils le veuillent ou non. Entre un couple au bord de la rupture – elle libraire névrosée, lui psychanalyste obsédé par son passé –, un homme en quête désespérée d’amour, un étudiant flegmatique qui enchaîne les conquêtes, et une jeune femme atteinte d’un cancer (alors qu’elle est végane et écolo !), on ne peut pas dire que ces situations soient très fun au premier abord, voire franchement nulles et injustes. Et pourtant. Plus c’est triste, plus les dialogues insolents et les conseils foireux fusent, et c’est là que tout le monde finit par rire.
Avec une plume franche et acérée, qui lui a valu le Molière du meilleur auteur francophone vivant en 2024, Rudy Milstein nous entraîne dans la quête de bonheur de ces cinq Parisiens. Tel un Molière du XXIe siècle justement, il interroge, par le prisme de l’humour, les préoccupations des trentenaires des années 2020, offrant un miroir assez net de notre société. Quant aux comédiens, bluffants de réalisme – Zoé Bruneau, Baya Rehaz, Rudy Milstein, Nicolas Lumbreras et Erwan Téréné –, ils donnent l’impression de nous faire entrer dans leur petite bande décalée, façon Friends, en un peu plus réaliste tout de même.
Le tout est porté par une mise en scène simple et efficace, signée Nicolas Lumbreras : une banquette qui se transforme selon les besoins et quelques lignes blanches projetées sur le mur pour situer l’action. Pas besoin de chichis, puisque toute la beauté grinçante de l’œuvre réside dans des dialogues parfois si dérangeants qu’on devine à quel point ils débordent de vérité.
7 jan, Le Liberté, Toulon. Rens: operadetoulon.fr
7 fév, Espace Léonard de Vinci, Mandelieu. Rens: mandelieu.fr
26 mar, Théâtre Princesse Grace, Monaco. Rens: tpgmonaco.mc
photo : C’est pas facile d’être heureux quand on va mal © Alejandro Guerrero