Là où Orient et Occident se font écho

Là où Orient et Occident se font écho

Héritier d’une double culture qu’il tisse en paysages sonores, André Manoukian poursuit son voyage entre jazz et racines arméniennes. Avec La Sultane, il dévoile une œuvre intime qu’il interprétera à La Garde en janvier.

Officier de l’ordre des Arts et des Lettres, André Manoukian est un auteur-compositeur et pianiste français d’origine arménienne, par ailleurs très bon vulgarisateur dans les multiples programmes audiovisuels dans lesquels il intervient. Formé au jazz à Berklee, il a collaboré au fil de sa carrière avec de grands noms tels que Michel Petrucciani, Richard Galliano, Charles Aznavour, Janet Jackson ou encore Dick Rivers. Un catalogue éclectique qui lui offre une vision artistique à 360°.

Cet automne est sorti son 5e album, La Sultane, qui rend hommage aux origines arméniennes de Manoukian.  » Ma Sultane, c’est ainsi que ma mère appelait ma petite sœur avant de la dévorer de baisers. Un mot turc pour exprimer l’amour débordant des mères arméniennes envers leurs filles. Les garçons avaient droit à mon Pacha« , confie-t-il. Une image parfaite pour décrire cet opus, subtil mélange de douceur et de tendresse, porté par une esthétique jazz modal, planante et libre, qui explore avec virtuosité les sonorités et nuances de la musique traditionnelle arménienne. Miles Davis et son mythique Kind of Blue y planent en filigrane : « C’est le premier qui amène le jazz afro-américain sur ce terrain qu’il découvre en Espagne« , rappelle Manoukian. Il en fera autant avec sa propre terre d’origine. Si Miles l’a inspiré en matière de son, c’est Aznavour qui l’a guidé vers la réconciliation avec ses racines, tandis que Jean-Sébastien Bach lui a insufflé une part de virtuosité. Frontières spatiales et temporelles effacées, entre musique savante européenne et jazz afro-américain, entre Orient et Occident. L’art prévaut.

Là où l’album déploie des ensembles de cordes qui confèrent aux morceaux une puissance et une intensité implacables, la tournée adoptera une formation plus resserrée, avec Mosin Kawa (tablas indiens), Guillaume Latil (violoncelle), et une contrebasse. Deux expériences distinctes, mais toutes deux profondément humaines, à l’image du bonhomme.

16 jan, Théâtre L’Escale, La Garde. Rens: theatrelescale.fr – tandem83.com

photo : André Manoukian © Antoine Jaussaud