11 Déc Le carnaval : un monde à l’envers
Après l’exposition dédiée aux Fantômes, l’Hôtel Départemental des Expositions du Var rallume les lumières avec l’exposition Carnavals d’ici et d’ailleurs, présentée du 13 décembre au 22 mars.
« Le carnaval… n’est pas proprement une fête qu’on donne au peuple, mais que le peuple se donne à lui-même« , a écrit le romancier, scientifique et philosophe Goethe dans son ouvrage Voyages en Italie publié en 1788. En effet, parce que les carnavals offrent la possibilité aux peuples d’exorciser leurs peurs, de faire office de catharsis collective et de rituels de renversement, ces fêtes païennes constituent depuis des siècles un terrain d’observation assez fascinant pour les historiens, anthropologues et autres sociologues. Car sous les confettis, se joue finalement une manière de « faire société », une lecture du monde autant qu’une manière de le mettre provisoirement sens dessus dessous.
Les commissaires Françoise Dallemagne, chargée de recherches et de collections, et Mireille Jacotin, conservatrice en chef du patrimoine, ont quitté provisoirement leur Mucem – Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée pour concevoir cette exposition comme une traversée du temps et des cultures. Le parcours, réparti sur trois étages, s’ouvre sur Les origines du carnaval et ses racines antiques – des rites gréco-romains aux mascarades d’hiver du Maghreb ou du monde juif – avant de poursuivre vers Les Carnavals en Europe et Méditerranée, puis sur la Tropicalisation du carnaval, qui donnera naissance à des fêtes flamboyantes où tout est dans la « démesure spectaculaire« , à l’instar du mythique carnaval de Rio.
Au total, 140 œuvres dialoguent : pièces historiques, ethnographiques, mais aussi dispositifs multimédias et créations artistiques – parmi lesquels des œuvres d’artistes contemporains comme Antoine Roegiers, Patrick Moya, Charles Fréger, Ioana Nemes, Michel Nedjar, ou encore des hommages à Jean Tinguely et Agnès Varda. Certaines pièces frappent aussi par leur puissance suggestive : « Des costumes comme le Riche et Pauvre de Cayenne (2009) ou les Lanternes de Bâle portent des messages politiques et identitaires forts« , tandis que le poétique masque de boulà, originaire de Macédoine, incarne en quelque sorte « l’esprit de vie et le renouveau« . Les commissaires revendiquent ainsi une approche qui articule expérience culturelle et savoirs anthropologiques : « Le masque est un outil de transgression, permettant l’inversion des rôles, le monde à l’envers », expliquent-elles, rappelant que la satire et l’excès font partie intégrante de ces fêtes.
La scénographie de Carole Dekens (Fabula Factory), renforcée par une bande-son, des projections et des dispositifs interactifs cherche à faire ressentir « l’impression de participer à un carnaval« . Un jeu autour du célèbre Combat de Carnaval et de Carême de Brueghel, ou encore une roue calendaire inspirée par l’ethnologue Daniel Fabre, invitent notamment le visiteur à plonger dans les logiques calendaires, sociales et symboliques qui structurent ces fêtes.
Enfin, l’exposition se conclut par une question contemporaine : le carnaval est-il devenu un simple outil d’attractivité touristique au service des collectivités au détriment de sa portée symbolique ? Car, rappellent les commissaires, « être spectateur d’un carnaval va à l’encontre de son sens profond« .
13 déc au 22 mars, Hôtel Départemental des Expositions du Var, Draguignan. Rens: hdevar.fr
photo : Scène de Carnaval, Ismael de la Serna © Ville de Castres- Musée Goya