Lea Maria Fries, une voix qui chante 

Lea Maria Fries, une voix qui chante 

Allez vite écouter Lea Maria Fries avant qu’elle ne soit trop connue ! Alors, en bon programmateur, Benjamin Brégeaut invite la chanteuse et compositrice suisse, le 29 janvier prochain à Cannes, dans le cadre des Jeudis du Jazz.

Insoucieuse des catégories, Lea Maria Fries appartient encore au plaisir de la découverte ; elle donne ce frisson du neuf, cette volupté de l’inclassable. Une voix que l’on croit naturelle et spontanée, mais qui dissimule le travail et la maîtrise sous une ingénuité savamment entretenue. Une voix qui chante plutôt qu’une « voix de chanteuse », et qui pourtant sait exactement où elle se déploie, frêle en apparence, mais gardant en réserve toute la puissance d’un cri.

Parfois seule, a cappella, parfois dans un parlé-chanté, elle surfe avec une grâce faussement incertaine au-dessus d’une rythmique très sophistiquée. Le charme de cette artiste tient aussi à ce mélange des genres : elle est soutenue par un orchestre rock-jazz très convaincant, où figurent régulièrement des musiciens de haut niveau (le pianiste Gauthier Toux, par exemple), un bel écrin pour son apparente fragilité.

Les arrangements, les strates sonores, les timbres étonnants et les fulgurances électro sont principalement l’œuvre de son bassiste, Julien Herné, même si ces mélanges composites – qui distordent parfois les sonorités instrumentales ou incluent des bruits du quotidien – naissent de leurs réflexions croisées.

Lea Maria Fries se promène dans toutes les langues qu’elle convoque, à commencer par le schweizerdeutsch, le suisse allemand, qui évoque volontiers ses montagnes natales. Mais on l’entend aussi en allemand standard, en anglais ou en français. Vocaliste unique, plus jeune finaliste du Festival vocal de Montreux, elle a quitté la Suisse pour travailler à Berlin, puis en France.

Les textes, qu’elle écrit le plus souvent, où elle s’affirme et se déploie, invoquent des figures de liberté féminine : Cléopâtre, dont l’ombre plane sur le disque récemment paru, Cléo, mais aussi Marguerite Duras, rappelée par India Song, ou encore les sorcières dont elle chevauche le balai dans Witch’s Broom.

29 jan, Théâtre Alexandre III, Cannes. Rens : cannes.com

photo : Léa Marie Fries © Stanislas Augris