Les femmes prennent la parole

Les femmes prennent la parole

Oubliées, effacées des récits de la mémoire russe, nombre de femmes ont pourtant pris part activement aux combats de la Seconde Guerre mondiale – la Grande Guerre patriotique, comme on l’appelle en Russie. L’autrice et journaliste biélorusse Svetlana Alexievitch a recueilli leurs voix dans son premier texte documentaire paru en 1985, La guerre n’a pas un visage de femme, aujourd’hui adapté au théâtre par Julie Deliquet.

Venues des quatre coins du pays, d’anciennes camarades du front se réunissent dans l’intimité d’un appartement communautaire. En ce printemps 1975, une jeune journaliste vient enregistrer leurs té-moignages sur magnétophone. À mesure qu’elles racontent leur parcours, le récit quitte le strict terrain historique pour s’attacher à ce qui constitue ces femmes. Elles n’évoquent plus seulement la guerre, mais leur jeunesse, leurs émotions, leurs contradictions. La grande Histoire se tisse ici de petits détails, parfois cocasses, et les anciennes combattantes deviennent, le temps d’une soirée, les comédiennes de leur propre mémoire. De ce partage surgit une joie presque originelle, mais aussi le tragique de la vie, son chaos et son absurde.

Julie Deliquet réunit une distribution entièrement féminine et intergénérationnelle afin de faire en-tendre ces récits et leur résonance avec un monde contemporain à nouveau hanté par la menace gran-dissante d’une guerre en Europe et par la menace persistante de l’impérialisme russe.

Injustement méconnue du grand public, Svetlana Alexievitch, née en 1948, demeure pourtant l’une des voix essentielles de l’espace post-soviétique. Son engagement contre la guerre en Ukraine et contre les dérives autoritaires du pouvoir russe irrigue ses romans et enquêtes. En 2015, elle devient la pre-mière femme de langue russe à recevoir le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre. Cette pièce est une porte d’entrée idéale au cœur de son travail.

8 & 9 jan, La Cuisine – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr

photo : La guerre n’a pas un visage de femme © Christophe Raynaud de Lage