Lucas Gimello : la symphonie théâtrale

Lucas Gimello : la symphonie théâtrale

Comédien, auteur, metteur en scène et directeur de la Cie L’Émergence, Lucas Gimello est tombé dans le théâtre dès l’enfance. Parrain de la saison 25-26 de l’Espace Magnan à Nice, Lucas Gimello, qui y présentera la pièce Théâtres sur Tréteaux en janvier, fourmille de projets dont l’ouverture en 2026 d’un espace artistique à Vence. Entretien.

Le théâtre vous passionne-t-il depuis toujours ?

Comme beaucoup d’enfants, j’aimais raconter des histoires, me grimer, emprunter des déguisements. Mais ma vocation s’est vraiment concrétisée lors des 40 ans du festival off d’Avignon, en 2006. J’étais tout jeune, en vacances dans la région. D’assister à toute cette effervescence, de pouvoir côtoyer et parler avec des comédiens, cela a été la révélation. J’ai dit à mes parents : « C’est ça que j’ai envie de faire« . Par la suite, mes études théâtrales ont confirmé cette vocation. 

Comment êtes-vous passé à la mise en scène, puis à la création d’une troupe ?

L’intérêt pour la mise en scène est venu « sur le tas ». Pendant mes études, un directeur de théâtre m’a proposé de mettre en scène un spectacle. J’ai donc basculé naturellement de « l’autre côté ». En faisant mes armes de comédien débutant et d’étudiant, j’ai alimenté cette passion. Par la suite, j’ai écrit mon premier spectacle en 2017, Le Sablier, qui a bien fonctionné. Après mes études, j’ai aidé une amie à valoriser sa compagnie. Elle m’a dit : « Monte ta compagnie, comme ça tu seras libre. » Je connaissais des comédiens, j’avais envie de proposer mes propres spectacles, mes propres mises en scène, me confronter au monde de la production, démarcher les théâtres et décrocher des dates… C’est ainsi qu’est née la Cie L’Émergence, en 2018, avec cette envie d’émancipation. Depuis 7 ans, la volonté c’est d’être indépendant dans les projets, de choisir les personnes comme les spectacles !

On comprend bien le choix du mot « Émergence » comme nom. Mais pourquoi « Compagnie » plutôt que « Troupe » ?

Le mot « compagnie » est esthétique et juridique, mais j’aime les troupes. Cela fait des années que les comédiens sont les mêmes ; depuis toujours nous sommes 10, tous des comédiens professionnels. L’esprit est bien celui d’une troupe ! D’ailleurs, c’est une troupe « multicartes ». La pluridisciplinarité est l’un de nos fondements. Nous fonctionnons avec tous les arts mêlés, chacun a des moyens d’expression différents, mais nous arrivons à une même idée de compagnie. Par exemple, Aline Esdras et Elizandra Dos Santos sont chanteuses, musiciennes et comédiennes, Florent Bonetto est comédien et chanteur, Jean-Baptiste Giorni, comédien et scénographe… Chacun a sa sensibilité et ses compétences, et s’enrichit des différents métiers présents dans une compagnie. Ça nous arrive aussi de faire appel à des compétences extérieures. Mais nous tenons à cette « croisée des chemins » au sein de la troupe.

Vous alternez les spectacles « classique » et les créations ?

L’un des axes majeurs de notre ligne éditoriale est de nous attaquer à des grands classiques ou à des pièces qui sont des références, que ce soit Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, ou La leçon d’Eugène Ionesco. Nous reprenons le texte intégral, mais en le réinventant, au niveau de la dramaturgie. Par exemple, nous avons choisi Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, qui parle des conditions des femmes de différentes classes sociales ou encore La Leçon qui est une satire du système scolaire de l’époque. À ces textes, nous apportons notre propre réflexion, qui s’exprime par la mise en scène, le choix de la musique, de l’univers sonore, des lumières, des costumes… Nous transposons ces pièces dans un nouveau monde ou courant historique, tout ça se coordonne et se répond, et devient une symphonie. Deuxième axe de notre ligne : proposer des nouveautés, des textes plus contemporains et/ou rarement proposés. Parmi nos 9 productions actuelles, nous présentons aussi des seul en scène.

Votre compagnie participe également au Festival « Jeunes pousses » ?

Oui depuis la première édition, en février 2023, et en partenariat avec le Théâtre de la cité de Nice. Il s’agit de donner la parole aux artistes qui débutent, sont très motivés et veulent se faire connaître. Notre compagnie a connu ça ! Nous avons fait la programmation, les démarches, sollicité notre réseau et nos contacts. Nous avons beaucoup de plaisir à collaborer avec le Théâtre de la cité.

Vous comptez créer votre Candide de Voltaire ?

J’ai lu Candide pendant le confinement, et j’ai été très touché par ce texte. J’ai commencé à avoir l’idée de la scénographie et de l’adaptation. Puis d’autres projets ont émergé. Mais Candide sera notre prochain projet d’envergure.

Jouer, mettre en scène, adapter, écrire, créer des sons, préparer les tournées… Vous êtes sur tous les fronts ?

Être tout le temps dans le mouvement, c’est aussi ce que j‘aime dans ce métier. Chaque jour est différent, rien ne se ressemble, on change de casquette sans arrêt, on ouvre son cerveau !  

Vous êtes le parrain de la saison 25-26 de l’Espace Magnan de Nice, où vous jouerez Théâtres sur Tréteaux en janvier…

Être parrain, c’est une sacrée reconnaissance et un cadeau. L’Espace Magnan nous a accompagné lorsque nous étions étudiants à Nice et dans association Med’Arts, l’association étudiante de la faculté de lettres de Nice. C’est l’un des premiers lieux à avoir fait confiance à notre troupe, à nous avoir programmé et toujours soutenus. Valoriser une programmation, cela m’intéressait également beaucoup. Nous allons y jouer Théâtres sur Tréteaux en janvier, une création collective qui parle de l’histoire du théâtre en Europe, en une heure, de la préhistoire à aujourd’hui ! « Un hymne aux artistes, une ode au théâtre, à l’Art Vivant et à ceux qui le font« , a-t-on écrit.

À part monter Candide, quels sont vos futurs projets ? De nouvelles actions culturelles ?

Nous avons beaucoup joué De Poquelin à Molière, en 2022 et 2023. Nous aimerions le reprendre en école, mais ce n’est pas possible pour le moment. En revanche, grâce aux subventions de nos partenaires, nous avons pu acheter un vaste local à Vence. C’est un lieu magnifique, nous avons eu le coup de cœur. Nous allons pouvoir y répéter nos spectacles, organiser des ateliers et des stages artistiques (danse, écriture, improvisation…) pour tous les âges à partir de 5 ans. Nous pourrons également accueillir d’autres compagnies, des artistes locaux… Pas de temps pour l’instant d’écrire ou de lire des romans à adapter pour de futurs spectacles. L’ouverture de ce lieu artistique est prévue en mai 2026. Nous avons déjà le nom… Les Émergents !

CALENDRIER CIE L’ÉMERGENCE
Le magicien d’Oz
7 au 14 déc, Espace Magnan, Nice
20 déc, Pôle Culturel Auguste Escoffier, Villeneuve-Loubet
4 mar, Théâtre de la cité, Nice
4 avr, Centre Culturel La Coupole, La Gaude
Théâtre sur Tréteaux
24 jan, Espace Magnan, Nice
26 juin, Lavoir Théâtre, Menton
La Leçon
9 avr, Théâtre Marelios, La Valette du Var
10 avr, Les Arts d’Azur, Le Broc

Rens : cielemergence.com

photo : Lucas Gimello (au centre) dans Theatres sur tréteaux, Cie L’Emergence © Philippe Goffinet

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