Mon Schubert bien-aimé

Mon Schubert bien-aimé

Après sa série musicale consacrée à Mozart, l’Orchestre national de Cannes lance en 2026 une nouvelle série de trois épisodes consacrés à Mon Schubert bien-aimé.

À l’occasion de trois rendez-vous, en janvier, février et mars, les mélomanes azuréens pourront découvrir un portrait en musique du plus romantique des compositeurs, Franz Schubert, de son enfance à sa Symphonie inachevée. Cette série biographique offrira sans doute une vision renouvelée de l’auteur de La Truite, et de bien d’autres chefs-d’œuvre, qui a traversé si brièvement son époque, « une époque trop grande pour lui« , affirme le producteur de radio et écrivain Lionel Esparza qui écrit le scénario et les textes de ce nouveau rendez-vous avec l’Orchestre national de Cannes, dirigé pour l’occasion par Arie Van Beek.

Sortir de la légende

Auteur de nombreux ouvrages musicologiques, l’homme de radio se confronte pour la première fois – avec grand plaisir, avoue-t-il – à cet exercice qui consiste à imaginer un spectacle vivant autour d’un compositeur et à mettre dans la bouche d’un narrateur – pour l’occasion le comédien Arthur Louis-Calixte – un récit à la fois biographique, mais aussi propice à la réflexion. L’une des originalités du propos , en effet, est de sortir Schubert de sa légende, pour l’ancrer davantage dans son époque. Lionel Esparza rappelle que Schubert vit au cœur de cette « Vienne centrale dans le concert des nations » où se déroule l’événement politique majeur de l’époque : le Congrès de Vienne, réunion des pays vainqueurs de Napoléon qui se retrouvent pour rédiger les conditions de la paix, le maintien de leurs régimes et la fixation de nouvelles frontières, « pour réagir aux menaces révolutionnaires, et penser comment on offre des réponses aux espoirs des peuples tout en les contenant. »

Pourtant, à la différence de Beethoven, son contemporain, Schubert a grandi à l’ombre des grands compositeurs et des événements de son temps : « On ne sait pas beaucoup de choses de lui, son œuvre est conçue comme un écho à sa vie intime, et elle a du mal à se faire entendre – un seul concert donné public« . À l’occasion de ces concerts donnés à l’Auditorium des Arlucs, à Cannes-La Bocca, on retrouvera également le compositeur et ses Schubertiades. Un cercle dans lequel il évolue, avec un réseau d’amitiés – pour certaines très intimes – qui le soutient, qui croit en lui, et qu’il retrouve dans des lieux privés ou dans ces brasseries chères aux Viennois, où l’on versifie, où l’on chante, mais aussi où l’on commente avec passion la politique de l’époque. Il verra d’ailleurs certains de ses amis envoyés en exil : « Son existence est prise dans ce contexte, qu’il vit dans son corps et dans ses amitiés.« 

Une vie simple, un destin hors norme

Les choix musicaux, en écho aux textes, exploreront l’inégalable fusion entre la poésie de ses contemporains et sa musique, à travers quelques-uns de ses lieder que chanteront la mezzo-soprano Marie-Claude Chapuis et le baryton Henk Neven, mais aussi à travers son œuvre pour piano interprétée par Maria Meerovitch, avec en particulier l’Andante de la Sonate D 959 qui, pour Lionel Esparza, « exprime la catastrophe, avec la découverte de sa maladie et son idée de la mort, surtout dans l’épisode central, à la limite de l’atonal« . Cette vie simple, de bohème, plus que frugale, doublée d’une vraie vie sentimentale qu’il a fallu sans doute cacher derrière une fausse vie devenue légende – celle de l’amoureux transi de La Belle Meunière – a eu raison de ce génie parti avec son secret, mais qui laisse en témoignage des pages musicales reconnues bien après sa disparition.

Épisode 1, 22 et 25 jan • Épisode 2, 12 et 15 fév • Épisode 3, 5 et 8 mars. Auditorium des Arlucs, Cannes. Rens: orchestre-cannes.com

photo : Orchestre National de Cannes ©Mathieu Chatonnier

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