Sapé comme jamais

Sapé comme jamais

À Toulon, jusqu’au 15 janvier, la Maison de la Photographie montre une rétrospective de 75 ans d’histoire de la mode intitulée Paris-Match : Archives de mode. L’occasion d’un retour sur images du célèbre journal dont le premier numéro paraissait le 25 mars 1949, qui reflète l’évolution du vêtement abordée dans ses colonnes entre style, tendances, créateurs, et comment il a désengoncé nos gestes et libéré notre vision du corps

Pendant que l’ogre chinois de la fast-fashion Shein prend ses aises dans les rayons du BHV et fait fuir les grandes marques, il fait bon se rappeler les heures où l’habit que l’on achetait était fait pour durer, où le chic parisien était de mise en proposant plus de 60 tirages d’archives de Paris-Match, choisis avec la complicité de Marc Brincourt, rédacteur en chef photo jusqu’en 2017. Un magazine qui, dès son avènement, n’hésitait pas à envoyer ses photographes légendaires couvrir des reportages dans les ateliers Haute-Couture. Tels Walter Carone et Willy Rizzo, témoins dans les ateliers feutrés de Christian Dior en 1950, au moment même où la mode amorçait sa révolution New Look

Daté du 18 février, le magazine n°48 annonce : « Fait important« , puis « la jupe est plus courte. En moyenne de 4 à 7 centimètres. Dior la ramène à 40 centimètres du sol… » Entre patrons à la craie, étoffes, broderies, essayages et retouches, toute une ambiance qui restitue l’effervescence concentrée de toute une brigade de couturières qui suivent au fil près les indications du créateur dans un savoir-faire artisanal. Quête d’excellence et de nombreux jours de travail cousus main pour un modèle unique. 

Yves Saint Laurent, Coco Chanel, Karl Lagerfeld, Jacques Fath, Jean-Charles de Castelbajac… De grands noms dont les œuvres sont à (re)découvrir au fil des 8 thématiques qui habillent de clichés les murs du parcours : Les figures de la mode, Inspiration, À l’œuvre, Savoir-faire, Coulisses des défilés, (R)évolutions, Inspiratrices et Ambassadrices, Mode et Art

Yves Saint Laurent, collectionneur d’art pointu que Mondrian, Matisse, Picasso ou Warhol avaient inspiré, dira : »La mode n’est pas un art, mais a besoin d’un art pour exister. » De même, Jean-Charles de Castelbajac a réalisé des robes tableaux avec Ben et Robert Combas. Devenue intemporelle, la fameuse petite robe noire signée Hubert de Givenchy pour Audrey Hepburn n’en finit pas de faire rêver des générations de « victimes de la mode ». Et que dire du tailleur rose de la maison Chanel que portait Jackie Kennedy à Dallas, le 22 novembre, jour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy ? Personne n’a oublié non plus le révolutionnaire soutien-gorge conique de Jean-Paul Gaultier qu’exhibait Madonna en 1990. 

À chaque époque sa mode. Le vêtement passe de mode. Mais le style est indémodable. C’est ce que révèle chacun des tirages d’archives de cette exposition.

Jusqu’au 15 jan, Maison de la photographie, Toulon. Rens: musees.toulon.fr

photo : © Hubert Fanthomme / Paris Match

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