16 Fév Emportée par la foule
Fidèle à ses habitudes, le Musée de la Photographie Charles Nègre ne se contente pas de nous donner à voir de belles images. Il nous incite à questionner le monde, la société, ses normes, à travers les œuvres et les artistes qu’il choisit de recevoir. Jusqu’au 24 mai 2026, il accueille la première rétrospective de l’artiste hollandaise Justine Tjallinks, très justement intitulée Vision.
Qu’est que le Beau ? Quels éléments permettent de définir ou de justifier les canons de beauté ? Questions complexes que pose cette nouvelle exposition, à travers les photographies de Justine Tjallinks. L’artiste néerlandaise, née en 1984 et formée à l’Amsterdam Fashion Institute (AMFI), interroge les codes traditionnels de ce qu’on nomme la beauté, en bouleversant les normes esthétiques de la société contemporaine, cherchant à capturer avec son objectif la singularité de son modèle et s’intéressant à la beauté de la différence. Inspirée par la peinture ancienne, son œuvre est avant tout contemporaine, alternant entre références visuelles considérées comme classiques, et esthétique moderne. Les images paraissent intemporelles, évoluant dans un équilibre précaire entre réel et imaginaire qui plonge les visiteurs dans une atmosphère visuellement déphasante.
Maintes fois récompensée (1e au New Dutch Photography Talent, lauréate à de multiples reprises aux Awards LensCulture, photographe de l’année aux Fine Art Photography Awards…), son travail est le fruit d’une réflexion a priori approfondie, consistant à définir les postures, la lumière, l’atmosphère, mais également les couleurs et les compositions. Tout cela avec des modèles repérés dans l’espace public, parmi la foule des gares, des rues ou le long des canaux d’Amsterdam. S’ensuit une évolution constante au fil de la prise de vue pour aboutir au travail imaginé en amont, le reste des détails se réglant en postproduction. Chaque image est alors retravaillée avec minutie en combinant retouches manuelles et peinture numérique, puis débouche sur ces photographies à la qualité quasi picturale, au sein desquelles la logique rigoureuse vient nourrir la Vision de l’artiste.
Son regard féminin et engagé, refusant les normes et les idéaux, n’est pas juste esthétique, mais également social et éthique : une ode à la diversité, à l’acceptation des différences, s’intéressant à tout un chacun pour les représenter toutes. Une œuvre s’ouvrant à l’humanité toute entière pour la faire parler et en vanter la beauté universelle.
Jusqu’au 24 mai, Musée de la Photographie Charles Nègre, Nice. Rens: museephotographie.nice.fr
photo: Autoportrait © Justine Tjallinks, Galerie Sophie Scheidecker