25 Fév Berling met l’amour en pièces
Une dernière création, avant de quitter son poste de directeur de la scène nationale Châteuvallon-Liberté en août prochain ! Après avoir créé C’est si simple l’amour en 2025, Charles Berling, poursuit son hommage à Lars Norén, iconique dramaturge suédois disparu en 2021, en adaptant Lost & Found.
Créé en mars 2025 au Liberté à Toulon, et programmé en mars 2026 par le Théâtre national de Nice, puis en avril par Théâtres en Dracénie, C’est si simple l’amour met en scène deux couples. Alma (Bérengère Warluzel) et Robert (Charles Berling), couple à la ville comme à la scène, doivent faire face aux doutes d’Alma, comédienne vieillissante qui prépare avec appréhension son grand retour. Les deux amoureux invitent dans leur appartement de Stockholm, Hedda (Caroline Proust), actrice sur le déclin, et son mari Jonas (Alain Fromager), psychologue. Au fil de la soirée et des verres d’alcool qui s’enchaînent, les langues se délient et les hôtes en viennent à régler leurs comptes devant leurs amis, d’abord amusés puis, gênés. Pourtant, eux-mêmes ne sont pas en reste : leur couple est rongé depuis plusieurs années par l’infidélité et les coups bas… On assiste alors au déchirement de ces deux ménages avec passion, mais non sans rire : au cœur d’un conflit à son paroxysme, Lars Norén parvient à distiller des répliques d’une drôlerie inattendue. Dans ce grand déballage, il n’y a pas de vainqueur, que des vaincus, des blessé(e)s de la vie, frustré(e)s et meurtri(e)s de ne plus jouer ou de n’avoir pas eu d’enfant.
C’est à nouveau au TNN, quelques jours en amont, que sera créée Lost & Found, du même Norén, où l’on retrouve les thèmes de prédilection du dramaturge suédois : le couple bourgeois et ses féroces discordes, à quoi l’on peut ajouter ici les ravages des névroses parentales. Car dans cette pièce, le couple Warluzel/Berling forme un duo parental qui voit son cadre exploser lors d’une confrontation avec ses propres enfants : Anne (Louise Arcangioli), 19 ans, marginale et toxicomane, et Peter (Pierrick Grillet), 16 ans, addict au porno qui flirte avec les idées d’extrême droite. Une œuvre où la violence des rapports n’a d’égale que les élans désespérés des parents arrivés au bout de leurs tentatives pour les comprendre.
C’est si simple l’amour et Lost & Found, qui constituent un fragment des 14 pièces du cycle Pièces de mort, imaginé par Lars Norén entre 1989 et 1995, présentent de nombreux points communs : huis clos aux dialogues rigoureux, non dénués d’une force comique, ces créations mettent en scène des couples à bout, usés par les non-dits. Mais ce qui surprend le plus, c’est la présence de spectateurs installés directement sur le plateau ! « J’ai remarqué qu’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, l’intimité a totalement disparu. Du coup, je mets le public au milieu du salon, et les personnages s’engueulent avec la présence d’un tiers, puisqu’on est habitué à ce voyeurisme…« , indique Charles Berling.
Deux pièces miroirs donc, pour deux partitions exigeantes. Et deux œuvres testamentaires pour le directeur de la scène nationale, qui quittera son poste en août 2026 et bouclera « l’un des chapitres les plus passionnants de [sa] vie professionnelle« . Mais pas pour le comédien, qui poursuivra sa carrière de comédiens ici, dans la région qui l’a vu naitre, et ailleurs…
C’est si simple l’amour, 31 mars au 2 avril, La Cuisine – Théâtre national de Nice / 28 avr, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan • Lost & Found, 25 au 28 mars, Les Franciscains – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr, theatresendracenie.com
photo : Lars Norén © Vincent Berenger – Châteauvallon-Liberté, scène nationale