Colomba, un double défi de représentation

Colomba, un double défi de représentation

Le FAMM, Femmes artistes du Musée de Mougins, créé en juin 2024 par Christian Levett, déploie une centaine d’œuvres de 90 femmes artistes à travers le monde, pour contrer et signifier leur effacement depuis des siècles dans la grande Histoire de l’humanité. Actuellement, l’exposition Réminiscence, présentée au Centre d’art de Mougins, vient appuyer avec force ce propos réparateur.

Cette Histoire écrite par des hommes – « L’Histoire avec sa grande hache« , comme l’écrivait Georges Perec à propos de sa propre enfance – est évidemment gravée avec le même déséquilibre de représentation dans le domaine des arts. Christian Levett, collectionneur philanthrope propose ainsi de donner leur juste place aux œuvres et recherches artistiques de femmes à travers les époques et les cultures. Une sélection d’œuvres de l’artiste française Elizabeth Colomba, jamais montrée avec autant d’ampleur en France, ni même en Europe, est à voir jusqu’au 6 avril, sous le commissariat de Simon de Pury, surnommé le Mick Jagger du marteau pour ses ventes spectaculaires en tant que commissaire-priseur, lui aussi grand collectionneur d’art.

Réalisée en collaboration avec Collecta et la Ville de Mougins, l’exposition recouvre une vingtaine d’années de pratique de cette artiste formée aux Beaux-Arts de Paris et basée à New York depuis plus de 20 ans, avec une majorité d’œuvres récentes et inédites. Quinze peintures à l’huile grands formats, quatorze dessins préparatoires et deux aquarelles sont à découvrir dans les vastes salles du musée récemment rénové.

Son travail est de l’ordre du défi : technique d’abord puisqu’elle convoque le formalisme de peintres (hommes et femmes) qui ont marqué l’histoire de l’art : « De la splendeur baroque de Vermeer et Caravage, aux fantasmes orientalistes d’Ingres et de Constant, en passant par les portraits mondains de Sargent et la grâce rococo de Vigée Le Brun« , elle reprend l’esthétique et les signes de richesse et de pouvoir : soies, perles, robes, pierres précieuses… L’autre défi est son intention même : rejetant à son tour l’exclusion des femmes, d’autant plus non blanches dans une société européenne impérialiste et colonialiste, elle place une femme noire dans ces intérieurs superbement décorés, où l’intense addition de fastueux détails augmente le propos. Sa réponse à la grossière domination est inversement fine : elle déplace les hiérarchies et offre un panorama doucement vengeur, superbe.

Jusqu’au 6 avril, Centre d’art de Mougins. Rens : famm.com, centredartmougins.com

photo : Vue de l’exposition REMINISCENCE by FAMM © Jérôme Kelagopian