25 Fév deux Amériques au Stockfish
En mars à Nice, le Stockfish propose – entre autres réjouissances – une programmation américaine passionnante et incroyablement diverse : Kenny Garrett le 11, et Terror le 14.
Kenny Garrett est l’une des grandes voix du jazz actuel. Il joue essentiellement du saxophone alto même si on peut l’entendre parfois au soprano, et même au piano comme sur son dernier disque. Avec sa sonorité légère et pourtant incisive, incroyablement bluesy, il incarne à merveille le présent de cette musique enchanteresse. Un présent qui s’abreuve constamment à son passé, comme Garrett l’évoque avec son dernier répertoire, Sounds From The Ancestors (Les sons des ancêtres) publié en 2021.
Une belle façon de revivifier la tradition en évoquant la longue lignée musicale qui le porte et les échos de ceux qui l’ont précédé, comme par exemple les combattants de la première République noire d’Haïti au tout début du 19e siècle. On a aussi le souvenir des Spiritual songs et de toute une pratique vocale d’Église qui a amené au gospel. Ainsi que des coups de chapeau à des musiques et des musiciens plus proches – l’ombre de Coltrane et de son fameux Love Supreme plane sur l’hommage qu’il rend à son camarade le trompettiste Roy Hargrove. Sans oublier le rhythm’n blues qui a baigné sa jeunesse, ou les déhanchements afro-cubains qui ne sont pas non plus absents de la musique qu’il joue aujourd’hui. Il faut dire que, des Jazz Messengers du batteur d’Art Blakey jusqu’aux derniers orchestres de Miles Davis, Kenny Garrett a traversé toutes les dernières métamorphoses de cette musique noire américaine !
C’est une tout autre Amérique que l’on retrouvera trois jours plus tard, avec Terror qui fera s’abattre un déluge sonore sur cette même scène du Stockfish. Un concentré de hardcore qui nous vient de Californie. Rythmiques démoniaques qui vous transpercent non pas juste les oreilles, mais le corps tout entier, javelots sonores dont les convulsions vous embrochent sur place avec une ardeur qui n’est pas totalement dénuée d’humour… Leur dernier opus, Pain Into Power, c’est 10 titres pour 18 minutes de violence extatique, histoire de montrer que sur cette très dynamique scène hardcore (Drain, Speed, Turnstile, Angel Du$t…), le combo américain reste l’un des patrons. Bouchons d’oreille et échauffement des cervicales hautement recommandés aux âmes sensibles !
Kenny Garrett, 11 mars • Terror, 14 mars. Stockfish, Nice. Rens: stockfish.nice.fr
photo : Kenny Garrett © Hollis King