25 Fév Printemps des Arts : Utopies en musique
Pour sa cinquième saison à la direction artistique du Printemps des Arts de Monte-Carlo, qui se tiendra cette année du 11 mars au 19 avril, le compositeur Bruno Mantovani prouve une nouvelle fois sa capacité à innover, à inventer, à faire rêver…
Parler d’utopie par les temps qui courent, c’est déjà ouvrir tout un champ des possibles ! Et à travers les propositions musicales de cette nouvelle édition du festival, c’est aussi se souvenir que les hommes ont toujours rêvé de se dépasser… et qu’ils continuent. Cela fait drôlement du bien en ces temps de rétrécissement cérébral…
L’utopie déclinée tout au long des quatre semaines que dure le festival, c’est celle qui naît de la rencontre entre la curiosité et le geste maîtrisé ; celle qui a poussé les facteurs d’instruments à repousser sans cesse les limites de leur art ; celle aussi des musiciens, passeurs, « traducteurs, comme le précise le directeur artistique Bruno Mantovani, qui donnent vie aux notes écrites sur une partition et cherchent le style qui se cache au-delà du texte musical. »
L’évolution de la lutherie va de pair avec celle de l’écriture, et ce sont donc les instruments et les œuvres qui seront les héros de cette édition, dans un dialogue constant entre avant, maintenant et après. Gesualdo et Monteverdi, interprétés par l’Ensemble La Venexiana lors du concert d’ouverture le 11 mars, rappellent ainsi les fondements de la musique occidentale et son inventivité permanente.
Le pianiste Jean-Frédéric Neuburger, soliste polymorphe, compositeur et analyste brillant, sera l’un des pivots du premier week-end. Il révélera toute l’étendue de sa sensibilité musicale, ouverte à tous les répertoires : création du concerto pour piano de Marc Monnet, duo virtuose éclairé à la bougie avec le violoniste Tedi Papavrami – mise en miroir avec des œuvres de Paganini et de Liszt. Sans oublier Beethoven et sa Sonate opus 111, qu’il interprétera le 15 mars, une œuvre qu’il « fréquente » depuis toujours.
Après sa masterclass du samedi 14 mars au matin, le saxophoniste Vincent David, à qui le festival offre une carte blanche, retrouvera le violoncelliste Éric-Maria Couturier le lendemain, pour célébrer un instrument né au XIXe siècle mais dont le déploiement irrigue aujourd’hui tous les répertoires.
Passé et présent
Le deuxième week-end, du 18 au 22 mars, opère un retour dans le temps sans jamais lâcher le fil de la contemporanéité, dans un jeu d’allers-retours révélant à quel point le passé nourrit toujours notre présent.
Ce sera l’occasion de retrouver l’Ensemble Gilles Binchois pour un programme monodique italien du XIVe siècle, et de découvrir, en répétition puis en concert le 21 mars, l’Ensemble Artifices, dirigé par la violoniste Alice Julien-Laferrière. À travers les œuvres de Heinrich Ignaz von Biber, virtuose du violon au XVIIe siècle, ils traduiront la place conquise par l’instrument, en partie grâce à lui, passé du statut de curiosité de foire à celui d’instrument sacré.
Les 28 et 29 mars, face-à-face de cordes en quatuor : les baroques de l’Ensemble Mosaïque et les modernes du Quatuor Danel se répartiront, sur deux concerts, des répertoires allant de Pascal Dusapin à Hyacinthe Jadin, mettant en lumière la permanence de cette formation qui résiste à l’épreuve du temps.
« Tu quoque mi fili » (« Toi aussi, mon fils« , célèbre locution latine, que la tradition attribue à Jules César, qui l’aurait adressée, dans son dernier souffle, à Brutus) pourrait être le titre des concerts proposés par Les Ambassadeurs ~ La Grande Écurie, avec Maude Gratton et Olga Pashchenko aux claviers, les 26 et 27 mars. Le Cantor de Leipzig y sera mis en concurrence avec ses fils – entre autres, Wilhelm Friedemann et Carl Philipp Emanuel – autour d’une forme qu’il a lui-même développée : le concerto. Concertos pour clavecin et pour piano qui se succéderont à l’Auditorium Rainier III, avec en « invité d’honneur » : Wolfgang Amadeus Mozart.
La voix dans tous ses états
La voix sera également très présente : lors de la grande « battle » du 13 mars, opposant – selon les choix du public – le ténor Emiliano González Toro, directeur de l’Ensemble I Gemelli, au contre-ténor Jake Arditti ; ou encore avec la voix de Diamanda La Berge Dramm, mêlée aux compositions de Benjamin de la Fuente et Samuel Sighicelli pour la création mondiale commandée à l’Ensemble Caravaggio, le 20 mars.
Moment fort également le samedi 28 mars, avec du théâtre musical – une forme rare – et la représentation de l’opéra de chambre Les Rois Mages, inspiré au compositeur hispano-argentin Fabián Panisello par le déconcertant roman Gaspard, Melchior et Balthazar de Jacques Tournier. Gilles Rico en signe le livret et la mise en scène. Programmé dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de la représentation diplomatique de Monaco en Espagne, ce spectacle permettra de découvrir le PluralEnsemble ainsi que la soprano Élodie Tisserand.
Enfin, la Tétralogie de Wagner en une heure… c’est possible ! Grâce à la virtuosité de François Salès, au cor anglais, sampler et narration, une proposition qui devrait séduire, entre autres, les plus jeunes.
Visites, conférences, répétitions commentées, afters ouvrent largement les portes du festival à tous les publics, sans oublier une politique tarifaire rendant la majorité des événements très accessibles. Cette diversité foisonnante ne serait évidemment pas possible sans le soutien et la confiance de Son Altesse la Princesse Caroline de Monaco. Bruno Mantovani le sait bien, lui qui construit son festival avec les artistes comme un compositeur sa partition, célébrant la magie de cette liberté : « Ce que nous faisons à Monaco, on ne peut pas le faire ailleurs« , conclut-il.
Nous reviendrons, dans notre prochain numéro, sur l’ultime semaine du festival, qui se termine le 5 avril, avec un postlude assuré par les Ballets de Monte-Carlo, du 16 au 19 avril. Quant au titre Utopies – Opus 1, il laisse entendre qu’une suite est déjà dans les cartons – probablement dès la saison prochaine. Mais ne boudons pas le plaisir du présent !
11 mars au 19 avril, lieux divers, Monaco. Rens: printempsdesarts.mc
photo : Ensemble Artifices © Athipic Photographie