25 Fév Qui tire les ficelles à Mougins ?
À Mougins, Scène55 programme une nouvelle édition du Printemps des marionnettes. Du 16 au 28 mars, une ribambelle de « drôles d’objets inanimés, de tailles et de consistances très variables » prendra le pouvoir, investissant plateaux, centre-ville et Éco’Parc. Au programme : six spectacles pour tous les âges et une journée professionnelle.
Quelques fils, des morceaux de bois et de tissu, un souffle de vie, et soudain l’inanimé prend vie… Dit comme ça, le théâtre de marionnettes paraît facile. Que nenni ! Depuis les castelets forains des origines jusqu’aux grandes scènes internationales, il n’a cessé d’élargir son vocabulaire, mêlant manipulation, arts plastiques, magie et performance. Car la marionnette n’est pas seulement un personnage, c’est aussi, et surtout, un langage. Un langage cultivant l’art du trouble, faisant vaciller les hiérarchies et interrogeant notre propre condition humaine.
Quand le public entre dans la danse
Illustration avec l’un des six spectacles à l’affiche de cette édition 2026 : Le Bal marionnettique, imaginé par Camille Trouvé et Brice Berthoud, fondateurs de la Cie Les Anges au Plafond, qui dirigent depuis 2021 le CDN de Normandie-Rouen. « Mesdames, messieurs, et tous les autres, nous allons faire de vous des marionnettistes« , annoncent d’emblée les comédiens en introduction de cette création qui transforme les théâtres qu’elle investit en piste de danse. Ici, on abolit la frontière entre la scène et le public, qui devient acteur d’une grande chorégraphie collective. Sur le plateau métamorphosé en dancefloor, un orchestre live, trois marionnettistes et une foule de spectateurs se partagent l’espace. Autour d’eux, quelque 130 marionnettes à taille humaine (jupes longues, chapeaux-masques, castagnettes-dentiers…) attendent d’être « chaussées » pour entrer dans la danse.
Créé en 2020 pour les 20 ans du prestigieux festival MARTO ! ce bal célèbre l’esprit du carnaval. Un Día de los Muertos à la française, pour une expérience tout aussi physique que symbolique : donner vie à l’inanimé pour se rappeler que l’on est vivant. Chaque séquence dure le temps d’un morceau : on apprend à manipuler, à trouver son centre de gravité, à accorder son geste à celui de la marionnette-partenaire. Et à la fin du show, difficile de savoir qui mène le bal : l’humain ou la marionnette ? C’est là précisément que réside la beauté du trouble…
Avant les mots, le mouvement
Plus intime mais tout aussi ambitieux, Liteul Pipol constitue un autre moment fort de cette édition. À l’instar de la Cie Arketal, qui a fait le bonheur des plus jeunes (et par conséquent, celui de leurs parents) durant près de quarante ans, le Théâtre Désaccordé, désormais installé dans les mêmes locaux cannois, a quasiment son rond de serviette au Printemps des marionnettes ! Après avoir présenté Petite Touche en 2024, Sandrine Maunier, Rémi Lambert et leur équipe reviennent avec cette création librement inspirée des étranges petits personnages que l’on retrouve dans le roman 1Q84 de Haruki Murakami. On dit bravo, car adapter l’auteur japonais est une gageure ! Puis bravo encore, puisque le spectacle s’adresse à celles et ceux qui ne comprendraient pas un traître mot de l’ouvrage s’ils venaient à l’ouvrir ! « Le fait de proposer une œuvre écrite pour les adultes à des enfants en bas âge nous met au défi de traduire le roman grâce aux arts plastiques, chorégraphiques et musicaux, indique la metteuse en scène Sandrine Maunier. Il nous donne envie de revenir « avant les mots », là où le corps et les marionnettes peuvent raconter l’incroyable. »
Liteul Pipol fait naître sur scène des créatures hautes d’une vingtaine de centimètres, d’une « chrysalide de l’air » faite de fils blancs. À nouveau, pas de frontalité rigide, mais une scénographie immersive, pensée comme un cocon, qui s’adapte au tout-petit public et joue avec les hauteurs. Les délicates marionnettes à fils explorent les mêmes enjeux moteurs que les enfants : se redresser, trouver un appui, défier la gravité. Le spectacle devient alors le miroir de leur « conquête de l’espace », et les « géants » qu’ils sont se penchent, observent, s’identifient et s’amusent des tentatives de ces petits personnages à se mouvoir, à se verticaliser.
Compagnie très engagée dans la création pour la petite enfance, le Théâtre Désaccordé prolongera sa présence en clôture du festival. Le 28 mars, à l’Éco’Parc de Mougins, Carte blanche lui sera donnée pour un après-midi festif et décalé : ateliers, impromptus et une Concentration anormale de marionnettes (C.A.M.) devraient surprendre toute la famille… Un peu comme un retour aux sources du théâtre de marionnettes, contaminant joyeusement l’espace public.
16 au 28 mars, Scène55 & lieux divers, Mougins. Rens: scene55.fr
photo : Le Bal Marionnetique © L’entracte à Sable Sur Sarthe