Tissus, Fils, Aiguilles

Tissus, Fils, Aiguilles

L’artiste plasticienne Amandine Rousguisto expose actuellement au Centre international d’art contemporain (CIAC) à Carros. Présentée en collaboration avec la Galerie Chave, qui représente l’artiste plasticienne, l’exposition-rétrospective Le Chœur de l’Aube est visible jusqu’au 7 juin 2026. 

Le Chœur de l’Aube, c’est quoi ? Le moment exact, au point du jour, juste avant le lever du soleil, quand la campagne commence à émerger doucement de sa nuit profonde, où les oiseaux se réunissent et lancent la symphonie de leurs vocalises. D’abord le rouge-queue noir, puis le rouge-gorge, que rejoint le sansonnet, dix minutes avant le lever du soleil. Tous les matins, le concert se reproduit à l’identique : mêmes solistes, même ordre d’apparition. La lumière du soleil donne le coup d’envoi de la mélodie.

C’est précisément dans cet instant gracile que l’exposition d’Amandine Rousguisto se positionne, « entre silence et vibration, pour révéler vingt années d’une œuvre où la matière textile devient souffle, mémoire et transformation« . Son travail, en constant devenir, rend compte du temps qui passe, de la vulnérabilité et de l’impermanence de toute chose, à travers la matière versatile, riche et vivante des tissus ; usés jusqu’à la corde, déchirés, cousus, décousus, recousus, dans une volonté sans cesse remise sur le métier de bloquer le processus fatal d’une dégradation irréversible.

Pour ce faire, inlassablement, l’artiste autodidacte, née le 22 juin 1980 à Nice, tire ce même fil réparateur dans les étoffes, métaphore d’une lutte contre ce qui disparaît et se détruit… Fil d’or, de jute, de coton, de laine, bout de ficelle… peu importe, pourvu qu’il remplisse sa fonction salvatrice. « J’ai toujours eu une fascination pour le pouvoir magique de l’aiguille. L’aiguille sert à réparer les dommages. C’est une demande de pardon. »

Attirée autant que troublée depuis l’adolescence par la matière textile, quelle qu’elle soit, Amandine veut que les coutures des pièces sur lesquelles elle opère restent bien apparentes. À contretemps d’une opération de chirurgie esthétique qui veut que, pour être réussie, cela ne se voie pas.

Avec Amandine Rousguisto, formée aux métiers de la mode et du costume, le rapport au corps, au geste, à la matière, fait sens. D’autant plus qu’elle est titulaire d’un diplôme universitaire « Interaction : art et psychothérapie » et qu’elle exerce aujourd’hui au sein d’un service de pédopsychiatrie. Reprendre une maille filée, recoudre une déchirure dans un tissu, « réparer les vivants », veiller sur eux, soigner leurs nœuds à l’âme… Au fond, le geste et l’intention sont les mêmes.

Jusqu’au 7 juin, Centre international d’art contemporain (CIAC), Carros. Rens: ciac.ville-carros.fr

photo : Amandine Rousguisto, Vêtures, 2006-2019, installation in situ. © François Fernandez