Un barbier qui décoiffe !

Un barbier qui décoiffe !

Voici une nouvelle version ébouriffante d’un sommet de l’opéra buffa : Le Barbier de Séville de Gioachino Rossini, donné au Liberté par l’orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon, en vadrouille pour grands travaux de la maison mère.

Production signée Nikolaus Habjan, unanimement saluée par la critique et le public lors de sa création au Théâtre de Bâle, elle est servie par un casting sur mesure de jeunes chanteurs, et d’une chanteuse, doublés par de stupéfiantes marionnettes, et dirigée par Hélio Vida, déjà présent lors de la création. Un spectacle qui libère les endorphines, lit-on ! 

Créé à Rome en 1816 au Teatro di Torre Argentina, Le Barbier de Séville fut composé en quelques semaines par Gioachino Rossini, à seulement 24 ans ! Rappelons l’histoire du plus populaire des opéras bouffes, dont la figure centrale, Figaro, est devenue un héros mythique.

La jeune Rosina (prise de rôle de Juliette Mey) est jalousement gardée – séquestrée même – par son vieux tuteur Bartolo (Diego Savini), qui veut l’épouser. Mais elle est amoureuse d’un mystérieux soupirant, Lindor, qui n’est autre que le comte Almaviva (Ronan Caillet), un coureur de jupons prêt à tout pour la séduire. Il s’associe à son ancien valet Figaro (Josef Jeongmeen Ahn), qui n’est pas seulement le meilleur barbier de la ville, mais aussi un joueur et un sacré entremetteur. Avec un chaos calculé et de nombreuses mascarades, ce dernier parvient à libérer Rosina, seul rôle féminin de la pièce, qui n’est pas la biche aux abois d’une chasse à courre viriliste, mais bien une femme combative et résolue. Libérée des mains de son horrible tuteur, elle rencontre enfin le beau comte. Triomphe de l’amour !

Drôle, poétique et ingénieux, c’est toute l’insolence et la virtuosité de l’écriture de Beaumarchais qui font la part belle aux situations cocasses et aux personnages hauts en couleur. Nikolaus Habjan fait le pari de monter entièrement l’ouvrage avec des marionnettes, avatars grotesques inspirés des personnages de la Commedia dell’arte, et actionnées par les chanteurs eux-mêmes – à moins que ce ne soit l’inverse ! Un jeu virtuose, parfaitement réalisé, où les chanteurs, en plus de leurs parties vocales exigeantes, insufflent à ces grandes marionnettes des traits de caractère originaux. Tout le monde est entraîné dans l’imbroglio rapide, drôle et parfois sombrement absurde du barbier Figaro. Personne n’échappe aux marionnettes. Jusqu’au joyeux happy end. Irrésistible !

4 au 6 mars, Le Liberté, Toulon. Rens: operadetoulon.fr, chateauvallon-liberte.fr

photo : Le barbier de Séville © Maximilian Borchardt