25 Fév Une femme trop vivante
Pour sa nouvelle création théâtrale Bovary Emma, Christophe Honoré réunit sa troupe d’actrices et d’acteurs fidèles pour raconter l’héroïne du roman de Gustave Flaubert, dans une mise en scène qui fait appel au cirque et au cinéma. À découvrir les 12 et 13 mars 2026 à Nice.
La jeune Emma rêve de liberté, d’amour passionnel et de grande vie. Ses aspirations sont très vite réduites à néant lorsqu’elle épouse Charles Bovary, petit médecin sans prétention ni fantaisie, et part vivre avec lui dans un village perdu au fond de la campagne. Malgré un quotidien morne, elle s’accroche à ses idéaux romantiques, prenant des amants dans l’espoir de chasser l’ennui.
Sur scène, Christophe Honoré convoque d’abord les hommes qui entourent Emma : son mari Charles (Jean-Charles Clichet), ses amants Rodolphe (Harrison Arévalo) et Léon (Davide Rao), mais aussi le pharmacien Homais (Julien Honoré) et le tentateur Monsieur Lheureux (Stéphane Roger). Tous font revivre les épisodes les plus illustres de la destinée de Madame Bovary en les rejouant sur le mode de la pantomime, du cirque. « Madame Bovary est construit comme une suite d’épisodes, presque comme des numéros. On se souvient de « la scène du bal », de « la scène des comices », du « fiacre », de « l’agonie »… mais ce ne sont pas des étapes qui forment une progression dramatique. […] Cette structure nous semblait fidèle au livre« , explique Christophe Honoré.
C’est ensuite à la principale intéressée de prendre la parole pour affirmer sa subjectivité, sa sensualité et sa liberté. Car Emma Bovary est bien plus que ce qu’en pensent les hommes qui la côtoient : elle est une femme éprise d’aventure, qui refuse de se contenter de peu. « Je crois que ce qui a fait d’Emma une héroïne, c’est le procès. On a accusé le roman d’être subversif, sulfureux, notamment parce qu’il met au centre une question alors taboue : le plaisir féminin. Emma affirme que son mari la déçoit, sensuellement, et qu’elle a le droit de chercher du désir ailleurs, en dehors de la morale« , estime le metteur en scène, qui a confié à Ludivine Sagnier le rôle de cette figure aussi célèbre que mystérieuse, et dont l’aspiration à se forger un destin demeure un poignant scandale.
« Madame Bovary est devenue, au fil du temps, une héroïne presque mythique, l’un des personnages les plus connus de la littérature française« . Loin de l’idée de la montrer une fois de plus comme « la femme d’aujourd’hui« , il souhaite plutôt mettre en lumière le travail de Gustave Flaubert qui rend ce personnage d’encre et de papier si intensément actuel et réel.
12 & 13 mars, La Cuisine – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr
photo : Madame Bovary – Theatre Vidy Lausanne © Laurent Champoussin