Respirer après les élections

Respirer après les élections

Les élections municipales ont fait souffrir les candidats et les électeurs : la clarté et la transparence n’étaient pas toujours au rendez-vous.

Quant à l’Occident, plus inquiet pour le pétrole que pour les bombardements, il rappelle ce qu’en disait Victor Hugo : « L’Histoire a pour égout des temps comme les nôtres« . Il m’a donc semblé utile de respirer l’air du printemps avec quelques citations littéraires qui peuvent faire réfléchir. Un avertissement tout de même : méfiez-vous de mes choix, car comme disait Louis Aragon : « Je ne suis pas celui en qui je placerais ma confiance !« 

Pour débuter, René de Obaldia : « Arrêtez le monde, je veux descendre« . En effet, le délire actuel est préoccupant… Baruch Spinoza : « La joie de comprendre nous permet de traverser les fluctuations de la fortune…« . Malheureusement, savoir fait souvent peur.

J’ai cherché dans le dictionnaire le verbe « aimer » : mon Petit Larousse (édition 1959) m’a offert un exemple prosaïque pour m’enlever toute illusion : « la betterave aime les terres profondes » ! Et en me tournant vers Sacha Guitry, je n’ai pas été rassuré : « Je n’ai vraiment l’impression d’être libre que lorsque je suis enfermé. Lorsque je fais tourner la clé, ce n’est pas moi qui suis bouclé, ce sont les autres que j’enferme…« 

Avec les économistes et certains journalistes, ça ne va pas mieux : Nicolas Doze (sur BFM) déclare avec conviction : « Un pays pauvre est un pays qui n’a plus de riches ! » Notons en réplique qu’il y a toujours des riches dans les pays pauvres, plus riches que dans les pays riches, mais que les riches préfèrent les pays riches où les pauvres sont néanmoins majoritaires, parce que la vie y est plus facile et que les riches aiment bien vivre entre eux…

« Penser le bonheur ? Je n’y avais pas pensé… » Celle-là est de moi. Sénèque ajoute : « On peut le trouver : il ne faut que savoir où porter la main. » Oui, mais ce n’est pas si simple. « Le bonheur est une belle ordure et une peau de vache, et il lui faudrait apprendre à vivre« , écrit Romain Gary. Mais pourquoi donc ? La réponse est claire : « Appliquée à toute la vie quotidienne – la sexualité, le couple, l’alimentation, le sommeil, etc. –, cette science du bonheur est gouvernée par une pure logique de marché« , selon Eva Illouz. C’est pourquoi cela ne marche pas.

On est souvent malade du système : « Se fixer comme objectif le confort ne m’a jamais attiré« , affirme en solitaire un certain Albert Einstein (à ne pas confondre avec le prédateur Epstein, qui n’a jamais rien trouvé d’autre que de s’envoyer en l’air avec de jeunes personnes et d’accumuler des dollars). Antonin Artaud constatait que « toute la vie est un coup monté » : les Epstein n’y sont pas pour rien…

Faut-il alors se tourner vers les artistes et les créateurs, qui, selon Johann Wolfgang von Goethe, « doivent fonder leur propre royaume » ? Barbara a répondu : « Qu’on fasse de la musique ou le pain, qu’importe. La joie profonde naît de la création qui étend notre présence au monde« .

D’accord. Mais André Gide, dans ses Nourritures terrestres, ajoute le nécessaire : « Ne sacrifie pas aux idoles ; cesse de croire… et n’accepte pas la vie telle que te la proposent les hommes ; ne cesse point de te persuader qu’elle pourrait être plus belle, la vie« .

Robert Charvin