26 Juin Cimiez, l’autre scène de l’été niçois
Entretien avec Marie-Josèphe Jude, pianiste concertiste et professeure au CNSMD de Paris, présidente de l’Académie internationale d’été de Nice et directrice artistique du Nice Classic Festival, qui propose plus d’une vingtaine de concerts au Cloître du Monastère de Cimiez et dans l’Auditorium du Musée Matisse, du 21 juillet au 9 août.
Quels sont vos rapports avec Nice et son Académie ?
Je suis partie tôt, à 13 ans, pour entrer au Conservatoire de la rue de Madrid à Paris. Mais je suis née ici, je suis niçoise, c’est ma ville de cœur. L’Académie, je ne l’ai jamais faite en tant qu’élève. Je crois que c’est la plus ancienne d’Europe, elle fête ses 70 ans l’année prochaine ! Je la dirige depuis 2018, et j’y ai été professeure pendant plus de 25 ans, comme certains musiciens, les pianistes François Chaplin, Bruno Rigutto, le violoncelliste Marc Coppey et bien d’autres, qui aiment y venir et y revenir…
Comment s’articulent Académie et Festival ?
On invite des « super-profs », des enseignants qui ont une double casquette, interprètes et professeurs, des gens axés sur la transmission mais qui sont capables de jouer. Et je façonne la programmation du festival à partir d’eux. Ils ont donc une double vie : enseignants dans la journée et concertistes le soir, pour certains pendant trois semaines. C’est donc un festival un peu particulier parce que tout le monde est sur place, les artistes ont le temps de se voir – souvent, d’ailleurs, car ils se connaissent très bien. Et de temps en temps, je mets des élèves triés sur le volet sur cette scène merveilleuse de Cimiez, dans des programmes spécifiques. Je leur ai aussi ouvert la scène le samedi, avec un concert exclusivement réservé aux élèves.
Combien d’élèves accueillez-vous ?
Nous avons environ 400 élèves, en majorité âgés de 18 à 22 ans, venus de partout, surtout d’Asie. C’est comme un petit Conservatoire d’été. Les participants apprennent à se connaître, à faire de la musique de chambre ensemble, même si le gros de notre fréquentation concerne les instruments solistes, comme le piano, le violon et le violoncelle. En fait, ils viennent se perfectionner ou rencontrer les professeurs qui seront leurs enseignants aux conservatoires nationaux de Paris ou de Lyon. C’est très intense : le stage dure 6 jours, avec beaucoup de cours. On ne leur laisse pas beaucoup de temps pour aller à la plage (rires). Ils viennent écouter les professeurs le soir au concert et ils ont ainsi une vision assez complète de ce qu’est la vie d’un professionnel.
Comment construisez-vous les programmes du festival ?
C’est à chaque fois un vrai casse-tête chinois ! C’est du sur-mesure avec les artistes qui sont là. En général, il y a une thématique associée au Musée Matisse, car on joue également dans l’auditorium qu’il nous prête et, bien que n’ayant rien à voir comme atmosphère avec le cloître de Cimiez, c’est vraiment charmant.
Chaque année, le musée programme une exposition phare et, cette année, c’est Yves Saint Laurent. Le challenge n’était pas facile ! J’ai donc établi un parallèle avec les musiques qu’il a utilisées dans ses défilés : Carmen, Gershwin… et j’ai élargi à l’élégance à la française, avec des compositeurs comme Fauré, Chabrier, Saint-Saëns, et pas seulement Debussy et Ravel, mais aussi l’avant-garde avec Prokofiev et Stravinsky.
Pour construire, je pars donc des musiciens qui sont là, puis je choisis les œuvres qui sont à leur répertoire, en croisant les affinités. Ces contraintes font qu’au bout d’un moment, finalement, un programme s’impose. Par exemple, pour le concert d’ouverture, j’ai quatre pianistes, collègues au CNSMD : Claire Désert, Florent Boffard, Emmanuel Strosser et Jonas Vitaud, qui ont construit le programme eux-mêmes en combinant le nombre de mains sur le clavier. Idem pour le concert de clôture, avec François Chaplin, Louise Bessette, Akiko Ebi, tous venus d’horizons très différents. Mais ça marche !
Et c’est mon frère Charles Jude, chorégraphe ayant dirigé le Ballet de Bordeaux après l’Opéra de Paris, aujourd’hui responsable du département danse de l’Académie après y avoir fait ses débuts, qui anime la participation des danseurs. Enfin, il y a aussi la voix, grâce à une grande dame du chant, Lorraine Nubar, professeure à la Juilliard School, qui accueille à Nice des wagons de professionnels venus travailler avec elle et qui donnent un concert dans le festival, Les Voix lyriques de demain.
Et géographiquement ?
L’Académie se déroule au Conservatoire, qui est très grand, avec beaucoup d’espaces, d’instruments, de studios… Pour le festival, on est sur le site du monastère de Cimiez, fermé au public toute l’année. C’est donc la seule occasion d’y entrer et de le visiter. Nous l’aménageons, mais il sonne très bien naturellement. Il y a 400 places, ce qui maintient une vraie proximité, et les gens se rendent bien compte qu’ils éprouvent, dans ce cadre, l’été en extérieur, des sensations uniques. C’est l’un des rares festival de musique classique à Nice l’été ! Malgré les demandes d’économies de la nouvelle municipalité et la réduction des aides indirectes, on espère que cette belle manifestation va survivre, pour le plus grand bonheur du public local et de tous ceux qui font halte à Nice pour profiter de la saison estivale.
21 juil > 9 aou, Cloître du Monastère de Cimiez & lieux divers, Nice. Rens: niceclassiclive.com
photo : Concert au cloître © Elian Bachini