Couleurs d’un siècle

Couleurs d’un siècle

A l’occasion des 100 ans du Musée d’Histoire et d’Art de Bormes-les-Mimosas, l’exposition Bormes, Couleurs d’un sièclecroise regards d’artistes et mémoire des habitants.

La lumière n’éclaire pas seulement les collines, elle façonne les regards. Dès la fin du XIXe siècle, Bormes-les-Mimosas et ses alentours deviennent un refuge pour des artistes venus rechercher la respiration d’un paysage. À l’heure où les villes industrielles s’étendent et bruissent de modernité, le village offre le silence des pins, la douceur des saisons et cette lumière méditerranéenne qui semble dissoudre les contours du réel.

L’arrivée de la ligne de chemin de fer Hyères-Saint-Raphaël ouvre la voie à une aventure artistique inattendue. Très vite, peintres et voyageurs s’y retrouvent, séduits par la puissance des couleurs, la transparence du ciel et le subtil équilibre entre ciel et mer. En 1891, Henri-Edmond Cross s’installe à Bormes, où il explore les principes du néo-impressionnisme et les relations entre lumière et couleur. Au même moment, Jean Peské découvre la Méditerranée et s’installe dans le village en 1910, où il peint aussi bien la nature que la vie quotidienne des paysans et des pêcheurs. Théo van Rysselberghe s’installe près de là, au Lavandou. Émile-René Ménard y cherche une harmonie symboliste nourrie de l’Antiquité, tandis que, plus tard, Emmanuel Charles Bénézit ou Roberta González prolongent ici cette métamorphose de la nature à travers l’acte créatif. Tous découvrent dans le paysage borméen un atelier à ciel ouvert, un lieu où l’on peint autant la lumière que le temps qui passe.

Dans cette aventure, le paysage n’est jamais un simple motif. Il se confond avec une expérience intérieure. Les artistes abandonnent peu à peu les conventions académiques pour saisir l’instant – une ombre glissant sur les mimosas, un reflet inédit sur la mer, la poussière dorée d’un sentier. La couleur s’impose, les formes se simplifient, les contrastes s’amplifient, la toile devient espace de sensations. Bormes conserve désormais, dans ce musée, la mémoire de cette effervescence et de superbes peintures et dessins, qui dialoguent ici avec la mémoire vivante des Borméens, à travers des témoignages, récits, photographies et archives privées. Car derrière les façades baignées de soleil, comme dans le creux de ses ruelles et jardins, vibre encore l’écho de ces peintres qui avaient compris que la lumière était une matière vivante, et que la peinture en serait le langage.

7 fév 2026 > 7 mars 2027, Musée d’Histoire et d’Art de Bormes-les-Mimosas. Rens: musee-bormes.com

photo : vue de l’exposition Bormes, couleurs d’un siècle © Enora Allehaux Villaño