La cosmovision andine et son héritage

La cosmovision andine et son héritage

Après avoir exploré les mythes grecs, les routes de la soie, les momies ou encore les fantômes, l’Hôtel départemental des Expositions du Var (HDE Var), à Draguignan, les invite cette fois à voguer vers le « nouveau monde ». Du 20 juin au 27 septembre 2026, l’exposition INCA. L’héritage sacré des Andes propose une plongée dans l’univers des civilisations andines, à travers plus de 3 000 ans d’histoire, de croyances et de créations artistiques.

Bien que les Incas occupent une place majeure dans l’imaginaire collectif – avec ses mythes, ses trésors, et les nombreuses références dans la pop culture, des Mystérieuses Cités d’or à Tintin, en passant les Disney et les jeux vidéo –, qui se douterait que cette civilisation aura seulement duré trois siècles ? L’Empire Inca qui domina une grande partie de l’Amérique du Sud ne représente en réalité que l’aboutissement d’une longue histoire culturelle. À son apogée, celui qu’on nomme le Tahuantinsuyo s’étendait du sud de la Colombie jusqu’au Chili et à l’Argentine actuels – mais n’exerça sa domination guère plus d’un siècle. Car la suite, on la connait : Christophe Colomb, les Conquistadors, les maladies, les exterminations, et hop ! c’est toute une civilisation qui disparaît – ou presque…

Commissariée par l’archéométallurgiste Carole Fraresso, spécialiste des cultures andines, l’exposition entend dépasser les vieux clichés liés à cette civilisation. « C’est une exposition de niveau international« , indique-t-elle. « Les pièces rassemblées ici sont issues de collections exceptionnelles dont celles du Musée Larco de Lima, l’un des plus prestigieux musées d’art précolombien au monde, et du Musée d’Art de Lima – MALI […] C’est une occasion rare d’accéder à des œuvres qu’on voit d’ordinaire à Paris, Londres ou New York. » Déployé sur trois niveaux, le parcours rassemble 235 œuvres majeures (orfèvreries, céramiques, textiles, objets de plumes ou de pierre), parmi lesquelles figurent plusieurs œuvres présentées pour la première fois en France, voire hors du Pérou. C’est notamment le cas d’un Unku, tunique impériale inca décorée de tocapus, véritables codes visuels du pouvoir, ou encore d’un Kéro en forme de tête de jaguar datant de la période inca-coloniale. Des boucles d’oreilles Chimú associant soleil et lune, ainsi qu’un contorsionniste cérémoniel de la culture Cupisnique, comptent également parmi les « trésors » exposés.

L’originalité de cette exposition réside dans son fil conducteur : la cosmovision andine. Dans ces sociétés, le sacré ne relevait pas uniquement de la religion. Il constituait une manière d’habiter le monde, fondée sur l’interdépendance entre les humains, leurs ancêtres, les divinités et les éléments naturels. Montagnes, océans, forêts, animaux ou phénomènes climatiques étaient considérés comme des êtres vivants porteurs d’une énergie spirituelle. Le visiteur découvre ainsi les cultures qui ont précédé les Incas – Chavín, Nasca, Mochica, Huari, Tiahuanaco ou Chimú – et qui ont façonné les grands fondements politiques, artistiques et religieux du monde andin. Les célèbres géoglyphes de Nazca, les rituels sacrificiels mochicas, les savoir-faire des orfèvres ou encore les systèmes agricoles développés sur les flancs des montagnes témoignent d’une remarquable capacité d’adaptation à des environnements souvent extrêmes.

Au-delà de la beauté des objets, l’exposition – accompagnée d’un riche programme de visites, d’ateliers, de conférences et d’événements culturels – invite finalement à une réflexion contemporaine sur notre rapport au vivant. À l’heure des bouleversements environnementaux, les sociétés andines rappellent l’existence d’autres façons de concevoir les relations entre l’homme et la nature, fondées sur la réciprocité, le respect et l’équilibre. Nos chers dirigeants feraient bien d’en prendre de la graine…

20 juin > 27 sep, Hôtel départemental des Expositions du Var, Draguignan. Rens: hdevar.fr

photo : Boucle d’oreille de l’oiseau-guerrier – Or, turquoise massive, turquoise, sodalite, nacre, coquillage de Spondylus princeps. Culture Mochica (100 – 800 apr. J.-C.) Côte nord. Musée Larco, Lima-Pérou

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