26 Juin La Station, ce•tte Divin·e Fripon·ne
La Station fête ses 30 ans et le programme de l’année continue de réjouir nos yeux et nos esprits : après une exposition collective des artistes résidents – qui exposent si rarement ensemble sur leur territoire – à la Citadelle de Villefranche-sur-mer, l’exposition des œuvres de 30 artistes, à Nice, surfe sur une vague créatrice, puissante et paradoxale : le trickster.
En 1958, Paul Radin écrit avec Carl Gustav Jung et Karl Kerényi l’ouvrage Le Fripon divin, étude d’un mythe indien, le trickster en anglais. Ce personnage incarne le mythe nouveau et éternel de l’allégeance rebelle qui consiste à se soumettre plutôt que s’indigner, à « prendre de l’avance sur le futur en rejetant les conventions, en apportant à la société humaine une énergie inspirée par les pratiques les plus créatives, les plus iconoclastes de l’histoire universelle. (…) On n’anticipe pas le futur, on le crée ! » (Christian Gatard, 2023). En lisant ces mots, on opine et on voit donc en cette exposition à La Station une sorte d’autoportrait de l’esprit des lieux où les artistes invités ont navigué et naviguent encore sur la mare imaginalis, la mer imaginale. Maître Renart, Till l’espiègle, le dieu nordique Loki, le Puck de Shakespeare, Lilith première femme d’Adam ou Ishtar, Dame de Babylone incarnent « l’explosion permanente de la réalité, les feux d’artifice de la créativité humaine, rusée autant que chaotique. (…) Le Fripon divin est un génial sale gosse. » L’expression ne pouvait donc être mieux choisie pour aborder l’histoire de La Station dont les protagonistes ont inversé l’ordre des mots en y ajoutant une touche d’égalité de genre. Ah les filou·tes !
Après avoir passé le seuil de La Station, vous serez guidé·es par une marelle terre-terre de Thierry Lagalla, tandis que des tubes PVC accrochés aux rails de ces anciens abattoirs danseront en parfaire harmonie une chorégraphie de Malachi Farrell vous souhaitant la bienvenue. Entrant dans la salle d’exposition, vous serez sans doute aperçu·e par un pigeon a deux têtes de Haïcha Hamu et serez assailli·e visuellement par le foisonnement des installations et accrochages.
Vivien Roubaud fait danser une graine autogire de samare par un dispositif de caméras soufflantes de sorte qu’elle stationne, vouée à patienter dans les airs sans jamais choir, dans une inversion « sysiphesque ». Un frigo, une cocotte-minute, des tuyaux, un parasol, une chaise longue sont le décorum de Capri-Seum, retournement illicite du Capri-Sun trop sucré, polluant, que Coca-Cola tente encore de faire passer pour concurrent et que Marion Mounic distille : un poison de l’âme, trop le seum.
La photographie grand format de Léna Durr reprend les codes esthétiques des anciens livres de recettes aux images de mets brillants, tous assemblés sur une table et qui ne sont que des leurres, des faux fabriqués à base de plantes et mimant l’aspect de mets carnés. S’ensuivent les cageots de Ben, les palmiers de Stéphanie Cherpin, le dessin diffus merveilleux et les crânes de sucre de Claire Dantzer, les traces de ballons de foot de Jean-Baptiste Ganne, le génial bar de Manuel Pomar encadré d’une contrainte brisée de dessin quotidien, les sculptures anthropomorphes et brûlures à haute colère contenue de Marianne Dupain dont la résidence temporaire à La Station vient de prendre fin…
Impossible de citer tous les artistes, tant les propositions sont nombreuses et savoureuses ! Sans compter des sérigraphies en 12 exemplaires d’une vingtaine d’artistes, pour faciliter l’installation de germes de fripon chez soi. Divin quoi.
13 juin > 29 août, La Station, Nice. Rens: lastation.org
photo : Vue de l’exposition © Eleonora Paciullo – La Station, 2026