26 Juin Les Roches rouges, ou l’incandescence d’un paysage
Le Musée des Beaux-Arts de Draguignan explore actuellement l’Estérel, territoire flamboyant longtemps demeuré en marge des récits artistiques. L’exposition Les Roches rouges retrace sa découverte par une colonie de peintres au tournant du XXe siècle, époque où la couleur devint le véritable langage du paysage.
L’écorce d’une terre écorchée s’accorde à une mer labourée par les vagues qui s’y heurtent pour faire éclore un paysage. De cette terre volcanique aux couleurs de feu, l’Estérel jaillit de la côte méditerranéenne jusqu’aux entrailles de la Provence. Comme à Collioure, à l’Estaque ou sur certains sites de la Côte d’Azur, à la fin du XXe siècle, des artistes ont profité des chemins de fer et de l’apparition du tourisme pour s’installer sur ce territoire longtemps considéré comme un repaire de brigands. Le découvrant en 1876 depuis la mer, Maupassant écrivait : « Nous approchons de l’Estérel. La longue côte rouge tombe dans l’eau bleue qu’elle fait paraître violette. Elle est bizarre, hérissée, jolie, avec des pointes, des golfes innombrables, des rochers capricieux et coquets, mille fantaisies de montagnes admirables. » Tout est dit. Il ne reste plus aux peintres qu’à restituer l’âme du paysage.
Si l’on associe souvent la Sainte-Victoire à Cézanne, sans doute faudrait-il penser à Louis Valtat comme au peintre de l’Estérel. Moins célébré que ses amis Bonnard ou Renoir, il fut tour à tour influencé par les Nabis, les pointillistes, les postimpressionnistes et les fauves, ce qui l’empêcha de devenir le « propriétaire » d’un style. Les nombreuses toiles présentées à Draguignan témoignent cependant d’un don particulier pour saisir les palpitations secrètes de la roche lorsque celle-ci est en proie aux caprices de l’air et des pins qui l’éraflent. La touche est vive, la couleur hurle comme les bourrasques de vent et les assauts de la mer.
À elle seule, la peinture saisit le paysage dans son souffle ; la nature entière semble se contracter dans la matière colorée déposée sur la toile. C’est le triomphe de la couleur pure. Albert Marquet peindra lui aussi la baie d’Agay, où s’était d’abord installé Valtat. Mais rochers, mer et ciel s’équilibrent davantage dans la douceur, tandis qu’Armand Guillaumin, qui y résida également, rend avec justesse le contraste saisissant entre les convulsions minérales et les découpes rocheuses, d’une part, et la sérénité d’un horizon marin marié au poudroiement du ciel, d’autre part.
Construite en cinq sections pensées par Marine Roux, Chargée des collections et adjointe au Conservateur Yohan Rimaud, la scénographie nous entraîne sur les pas de nombreux peintres qui ont su restituer le sentiment d’un espace aussi singulier que celui de l’Estérel. Les variations chromatiques composent à elles seules une trame symphonique dont les accents se modulent selon la quinzaine d’artistes et la cinquantaine d’œuvres qui se déploient d’une salle à l’autre.
La lumière se nuance, les rochers déchirent ou se tapissent dans l’ombre ; les peintres s’appellent Ker-Xavier Roussel, Lévy-Dhurmer, René Seyssaud ou Clémentine Ballot. L’ensemble des œuvres constitue une sorte de grammaire de la composition du paysage. Le corpus reste le même et pourtant chaque phrase diffuse sa propre densité. Aussi faut-il s’en emparer pour, par la suite, écouter les vibrations que la nature seule ne parvient pas à traduire, lorsque vagues et rochers s’étirent dans les méandres d’un langage inconnu.
LÉO FOURDRINIER EN RÉSIDENCE
Dans le cadre de l’exposition Les Roches Rouges – Éclosion artistique dans l’Estérel à l’aube du XXe siècle, le musée des Beaux-Arts de Draguignan invite l’artiste Léo Fourdrinier en résidence de création et de transmission. Artiste reconnu vivant et travaillant à Toulon, il se rendra dans l’Estérel pour créer des œuvres à partir de la matérialité de la roche. Il travaillera sur le motif, en s’inspirant des balades et en utilisant des pierres qu’il retravaillera – la dimension de sérialité et la découverte touristique du site sont importantes dans sa démarche. En partenariat avec l’espace de vie sociale La Fabrique, le Secours Populaire et le lieu d’accueil parents-enfants Minute Papillon, cette résidence se déroulera du 13 au 24 juillet. Des ateliers seront ouverts au public dans l’espace de vie sociale La Fabrique. La restitution des œuvres de Léo Fourdrinier aura lieu quant à elle le 28 août, dans le cadre du festival de poche d’histoire de l’art Les Journées d’Octave.
22 mai > 31 oct, Musée des Beaux-Arts, Draguignan. Rens: mba-draguignan.fr
photo : Vue de l’exposition Les Roches Rouges © Ville de Draguignan