L’Opéra de Toulon maintient le cap

L’Opéra de Toulon maintient le cap

Alors que son bâtiment historique poursuit sa mue, l’Opéra de Toulon aborde une nouvelle saison 2026-2027 hors les murs. Depuis le lancement des grands travaux de réhabilitation de ce joyau de la fin du XIXe siècle, l’institution a fait de la contrainte une opportunité. Zénith, Palais Neptune, Liberté ou encore Châteauvallon accueillent désormais les productions de l’Opéra, qui prépare sa réouverture annoncée pour 2028.

Cette itinérance forcée, entamée il y a déjà 3 saisons, aura notamment permis à l’Opéra de renforcer sa présence sur l’ensemble de la métropole et du département, d’aller à la rencontre de nouveaux publics et d’expérimenter de nouvelles formes. Mais derrière cette délocalisation se cache un véritable défi technique et artistique, nous a expliqué le directeur Jérôme Brunetière : adapter les productions à des salles qui n’ont pas été conçues pour l’art lyrique, repenser les dispositifs scéniques et parfois même les effectifs orchestraux.

Le lyrique, cœur battant de la saison 

La saison lyrique 2026-2027 promet une diversité d’époques et d’esthétiques. Elle débutera en octobre L’Enfant et les sortilèges de Ravel, sur un livret de Colette. Cette production de l’Opéra National de Lyon, mise en scène par James Bonas, utilisera un dispositif ingénieux de projections sur tulle pour créer un monde fantasmagorique, adapté au vaste espace du Zénith de Toulon. Victorien Vanoosten dirigera l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Toulon, avec une distribution mettant en avant de jeunes artistes français et européens, dont Victoire Bunel dans le rôle de l’enfant et Doris Lamprecht dans celui de la maman. 

Suivra Les Pêcheurs de perles de Bizet, « l’autre » chef-d’œuvre du compositeur avec Carmen, replacé ici à l’époque de son écriture. Cette coproduction avec l’Opéra de Dijon, mise en scène par Mirabelle Ordinaire et chorégraphiée par Philippine Ordinaire, sera aussi présentée au Zénith, pour les fêtes de fin d’année. Marianne Croux fera ses débuts dans le rôle de Leïla, aux côtés de Julien Dran et Régis Mengus

En janvier 2027, le Palais Neptune accueillera un nouvel opus des Grandes pages italiennes, un concert lyrique consacré à l’univers du bel canto et du grand opéra romantique. Vannina Santoni et Davide Tuscano, deux artistes confirmés dans ces répertoires, interpréteront des extraits de Donizetti, Verdi et Puccini, toujours sous la direction de Victorien Vanoosten.

Le Théâtre Liberté sera ensuite le cadre de deux productions singulières. La première, en mars : L’Histoire du soldat de Stravinski, conte musical inclassable inspiré du mythe de Faust, sur un texte de Charles Ferdinand Ramuz, sera mis en scène par Charles Berling, qui y jouera le rôle du diable. Cette nouvelle coproduction de l’Opéra de Toulon et du Théâtre Liberté, mettra en scène 7 musiciens de la phalange toulonnaise sous la direction de Raphaël Merlin, ainsi que 3 comédiens et la danseuse Emma Gustafsson, qui en signe la chorégraphie. La seconde, en mai, est Le Tour d’écrou de Britten, opéra à suspense où se mêlent innocence et corruption. Cette coproduction internationale, mise en scène par Richard Brunel, directeur de l’Opéra National de Lyon, sera dirigée par Yi-Chen Lin. La distribution comprendra des artistes anglophones et français, dont Jennifer Courcier en Flora, et un jeune chanteur de la maîtrise de l’Opéra de Toulon dans le rôle de Miles.

C’est presque une tradition désormais : la saison lyrique se clôturera en juin, dans le cadre du Festival d’été de Châteauvallon avec Don Giovanni de Mozart. Cette production de l’Arcal, mise en scène par Jean-Yves Ruf, sera adaptée pour l’amphithéâtre de Châteauvallon, avec l’Orchestre de l’Opéra de Toulon au complet. La distribution mettra en lumière de jeunes talents français, dont Noam Heinz dans le rôle-titre, Alix Le Saux en Donna Elvira et Marianne Croux en Donna Anna.

À ces productions s’ajoute un Don Carlo de Verdi présenté en version de concert, au Palais Neptune. Un format que l’Opéra de Toulon a su transformer en véritable choix artistique, permettant au public de se concentrer sur l’essentiel : la force de la musique et des voix.

Concerts et partenariats féconds

Sous l’impulsion de son directeur musical Victorien Vanoosten, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon poursuit parallèlement son développement symphonique. La saison s’ouvrira en novembre avec un programme réunissant Prokofiev et Chostakovitch, avant de culminer en avril avec la 9e Symphonie de Beethoven. Ce concert événement permettra aussi de découvrir Exomusique, concerto pour marimba et orchestre commandé à Guillaume Connesson. Une création qui témoigne de la volonté de l’institution de défendre la musique de notre temps. Autre temps fort, la venue du pianiste Bruce Liu pour le Concerto n°4 de Beethoven, associé à la monumentale 3e Symphonie de Bruckner.

Côté concerts toujours, la collab’ avec le Festival de Musique de Toulon & Région se prolonge avec l’incontournable Nuit du piano, en mars. Consacrée à Beethoven, dont on commémorera les 200 ans de la mort, elle réunira artistes confirmés, étudiants de l’IESM d’Aix-en-Provence et musiciens de l’orchestre de l’Opéra dans un esprit de transmission. 

De même, la collaboration avec Châteauvallon-Liberté se poursuit à travers plusieurs « coups de cœur », dont la nouvelle création de Macha Makeïeff, Zone d’attente, et un diptyque chorégraphique d’Édouard Hue.

Et puisque la saison de la maison toulonnaise ne se limite pas au lyrique : les Ballets de Monte-Carlo feront escale au Zénith avec Lac, relecture de l’œuvre Tchaïkovski imaginée par Jean-Christophe Maillot. Une proposition qui interroge les notions de métamorphose et d’hybridation.

Notez que l’Opéra de Toulon continue de défendre une politique tarifaire particulièrement attractive : les abonnements permettent de bénéficier de réductions significatives tandis que les jeunes de moins de 30 ans accèdent à des places à tarifs très réduits, parfois dès 5€. Résultat : le public jeune représente désormais près d’un quart des spectateurs !

Rens: operadetoulon.fr

photo : Les Pêcheurs de perles, Opera de Dijon © Mirco Magliocca.