26 Juin Poétique de la fragilité
S’inscrire dans la lignée des modernités monumentales de l’arrière-pays azuréen – de Matisse à Cocteau – tout en subvertissant l’échelle par l’infra-mince : c’est le pari du projet Une chapelle Un artiste, pensé par Céline Marin et Gabriel Noé Rosticher à Roure.
Pour l’édition 2026, Lucas Compagnoni investit ce territoire de la Tinée, des chapelles du XVIIe siècle à l’Arboretum Marcel Kroënlein, à travers une proposition chorale intitulée Affleurements. Issu d’une résidence en 2025 avec l’Espace de l’Art Concret, le travail de ce jeune artiste, formé au Pavillon Bosio de Monaco avant de rejoindre les Beaux-arts d’Aix-en-Provence, s’enracine dans une archéologie vernaculaire : l’extraction de la terre rouge locale, muée en pigment, qu’il confronte aux archives iconographiques du village. Loin de toute dérive folklorique, ce matériau brut devient le vecteur d’une économie de moyens radicale. Sur des papiers de récupération dont il assume les stigmates temporels, il déploie un trait précieux, presque évanescent, qui rappelle la rigueur silencieuse de Toba Khedoori. Nourrie par les thèses d’Anne Dufourmantelle sur la douceur comme puissance de résistance, la syntaxe visuelle de Compagnoni articule une esthétique de la précarité. Qu’il s’agisse de paysages ou de figures humaines saisies dans leur pleine vulnérabilité, ses dessins refusent l’affirmation autoritaire. Entre abstraction et figuration, ils agissent comme des dispositifs de résistance discrète, révélant la fragilité persistante de nos manières d’habiter le monde.
11 juil > 21 aou, Chapelle Notre-Dame-des-Grâces, Chapelle Saint-Sébastien-et-Saint-Bernard, Arboretum Marcel Kroënlein, Roure. Rens: Insta @une_chapelle_un_artiste
photo : dessin © Lucas Compagnoni