Porquerolles, l’île aux musiques libres

Porquerolles, l’île aux musiques libres

Jazz à Porquerolles, qui fleurit tous les étés depuis 25 ans, est certainement l’un des meilleurs de sa catégorie. D’envergure modeste (un ou deux concerts chaque soir), il condense les qualités d’un grand festival : un lieu délicieux, une insularité enchanteresse, loin du monde et du bruit, et une programmation originale, évitant la facilité et les musiciens qu’on retrouve systématiquement dans la litanie des autres festivals, et qui met en lumière une création tranquille et indépendante.

Cela dit, il ne faudrait pas s’imaginer que les concerts sont difficiles d’accès ! La preuve, tout commence par un bal gratuit à l’invitation de Papanosh, quintet qui se renouvelle constamment et aime autant faire danser qu’inviter des artistes étonnants : pour l’occasion, on aura quelques échos du Brésil et d’autres du Sud-Ouest le plus déjanté, nés autour de la folie d’Uzeste…

Puis on entendra Laurent Bardainne, compositeur et saxophoniste inventif et puissant qui aime les belles mélodies. Pour cette carte blanche qui lui est offerte à l’occasion d’une résidence de création, il invite Gabi Hartmann et Thomas de Pourquery, deux crooners de charme, ironiques et tendres.

Place ensuite au programme Weather Acoustic, avec le duo du saxophoniste Samy Thiébault et de la pianiste Émilie Aridon-Kociolek : un répertoire très original à travers les plus beaux morceaux de Wayne Shorter et Josef Zawinul, deux des plus grands compositeurs de jazz qui fondèrent Weather Report, ensemble-phare des années 70-80. 

On écoutera aussi les voix rebelles qui s’entrecroisent au-dessus des traditions méditerranéennes et du raï, évoquées à Porquerolles par Sofiane Saïdi et Camélia Jordana, avec le violon fou de Théo Ceccaldi, qui vient se mêler à ces éclats. Avant que Cyril Atef, musicien atypique et polyvalent, moitié du duo Bumcello, un temps batteur de Matthieu Chedid, et fondateur du projet funk-vaudou CongopunQ, ne vienne boucler la soirée en solo sous le pseudonyme de Papatef : transe solaire, ultra dansante et immersive au programme.

Autres entrelacs enchanteurs, le jour de notre Fête Nationale : ceux de la trompette d’Airelle Besson et de l’accordéon de Lionel Suarez. Dans des clubs, des théâtres ou même des églises, ils ont déjà expérimenté ce duo intime, ce lyrisme retenu et mélodique.

Si la scène française la plus inventive est bien représentée, l’internationale n’est pas oubliée avec notamment Kenny Garrett, qui conclura le festival ! À travers son programme Sounds from the Ancestors, le célèbre saxophoniste convoque le « son » des ancêtres, cet héritage immémorial qui irrigue tout le jazz américain d’aujourd’hui, entre gospel et spiritual songs, voire en remontant jusqu’aux chants de liberté nés en Haïti, lors de la proclamation de la première république noire, au tout début du XIXe siècle.

Enfin, comment ne pas évoquer Shaï Maestro, l’un des pianistes les plus passionnants de New York – même si ce n’est pas sa ville d’origine – à l’affiche le 12 juillet. D’une clarté parfaite qui se transforme parfois en bourdonnement hypnotique, il évoquera les souvenirs cubains et le compositeur Pablo Milanés, ou les plus beaux standards comme Nature Boy, qu’il affectionne…

Aller à Porquerolles, c’est tout un voyage…

10 > 14 juil, Fort Sainte-Agathe – Île de Porquerolles, Hyères. Rens: jazzaporquerolles.com