26 Juin Saint-Paul de Vence fait dialoguer les mondes
Le 15e Festival de Saint-Paul de Vence joue la carte de l’excellence et soutient la gageure d’alterner des musiques dites classiques, fondées sur des partitions écrites, et du jazz, où l’improvisation est au premier plan, même si les matériaux de base demeurent essentiels. Rendez-vous du 20 au 29 juillet !
« Cette édition anniversaire est une invitation au dialogue – entre les époques, les styles, mais aussi entre les artistes et le public. Nous avons voulu une programmation libre, ouverte, qui reflète la richesse et la diversité des sensibilités musicales d’aujourd’hui. » Ces mots du directeur artistique Julien Kieffer illustrent le propos d’un festival en mouvement qui regarde vers l’avenir, sans oublier de se souvenir du monumental héritage musical construit au fil des siècles. Au cœur de cette édition 2026, deux formations remarquables : le quartet Floating et l’ensemble de Marion Rampal.
Une alchimie née de l’improvisation
Les musiciens de Floating se sont rencontrés au printemps dernier. Bien sûr, ils se connaissaient, mais n’avaient jamais joué tous les quatre dans cette configuration – une situation à risque, même si les jazzmen et jazzwomen y sont habitués. Cette première alchimie a pourtant été merveilleuse. Une étonnante écoute mutuelle et une remarquable compatibilité de timbres et d’inspirations se sont révélées, à tel point que ce quartet de hasard est devenu un groupe constitué et durable.
Les directions générales sont données par Émile Parisien, leader démocrate et libéral. On le reconnaît au premier geste, lui qui se fend comme un escrimeur pour offrir sa sonorité au public. Et dès la première note, tant son saxophone soprano est immédiatement identifiable, rond, velouté, fumé comme une salaison, mimant parfois la magie du duduk arménien. Autour de ce Parisien, quelques camarades devenus français : Yaron Herman au piano, sans cesse fluide et inventif, dont les improvisations ont la grâce des dessins à main levée, sans hâte ni rature ; Prabhu Edouard, incroyable virtuose des tablas aux timbres multiples et aux rythmes imbriqués les uns dans les autres, dont les percussions deviennent des instruments mélodiques par excellence ; et Linda Oh à la contrebasse, légère et pourtant solidement ancrée dans le tempo. Un orchestre de solistes dont chacun apportera son piquant et son parfum sur la Place de la Courtine !
Dans l’ombre lumineuse d’Abbey Lincoln
Une semaine plus tard, à la Fondation Maeght, on écoutera Marion Rampal avec ses Songs for Abbey, projet qu’elle nourrit depuis longtemps déjà. C’est bien Abbey Lincoln qu’elle évoque et à laquelle elle rend hommage, cette chanteuse américaine aux multiples facettes. Celle qui avait commencé, au début des années 1950, une carrière suave et séduisante déploya ensuite une étonnante guirlande de styles et d’approches : sa voix, parmi les plus charmeuses qui soient, pouvait se muer en feulement, en râle, en cri ou en hurlement.
Ce miroitement correspond aussi à tous les messages qu’envoyait cette révoltée : militante des droits civiques, activiste à l’époque où les Panthères noires faisaient entendre leurs colères et leurs revendications. Marion Rampal s’est souvenue de ces bouillonnements comme de ces séductions en reprenant des pièces chantées, aimées ou entendues par son inspiratrice, ainsi que d’autres plus personnelles.
Une évocation subtile, qui se garde bien d’être une imitation ou un portrait, mais évalue à chaque concert la juste distance pour rappeler ce que nous devons à l’histoire et à la tradition. Elle est aidée dans cette entreprise par son quintet et, en particulier, par Matthieu Pascaud, excellent guitariste et arrangeur, qui tisse avec elle cette broderie du souvenir : une belle leçon musicale et politique.
Baroque, romantisme et grands horizons
Le reste de la programmation confirme cette volonté d’ouverture qui fait la singularité du festival. Dès le concert inaugural, Philippe Jaroussky, Gwendoline Blondeel et l’ensemble Les Accents feront résonner les chefs-d’œuvre sacrés de Vivaldi et Pergolèse, dans un dialogue entre ferveur baroque et virtuosité vocale.
La pianiste Vanessa Wagner proposera ensuite une traversée hypnotique de l’univers minimaliste américain, de John Cage à Philip Glass, tandis que le Quatuor Modigliani retrouvera le violoncelliste Edgar Moreau pour un programme ambitieux reliant Beethoven à Schubert. Le pianiste britannique Benjamin Grosvenor, salué comme l’un des plus brillants interprètes de sa génération, explorera quant à lui les sommets du romantisme européen, et le duo Christian Tetzlaff / Kiveli Dörken clôturera le festival par un voyage musical à travers l’Europe centrale, entre Janáček, Szymanowski et Brahms.
Enfin, la traditionnelle parenthèse proposée à la Fondation CAB verra monter sur scène Louise Charbonnel, jeune artiste aux frontières de la pop, du jazz et du classique, symbole d’une programmation placée sous le signe du dialogue et de la liberté.
20 > 29 juil, Place de la Courtine, Fondation Maeght, Fondation CAB, Saint-Paul de Vence. Rens: festivalsaintpauldevence.com
photo : concert sur le Place la Courtine, Saint-Paul de Vence © DR