Sea, Pop & Sun

Sea, Pop & Sun

A la Fondation Carmignac, les vagues des années 1960 et leur esprit de liberté déferlent à travers les œuvres d’une cinquantaine d’artistes, quand ceux du Pop Art rencontrent, dans une relation critique, les créateurs d’aujourd’hui.

Ça commence comme dans une chanson où tout se termine en rimes de plaisir, de sourire et de désir. Chaque chapitre de l’exposition Sea, Pop & Sun, dans un clin d’œil au titre de Gainsbourg, s’ouvre sur une autre mélodie hédoniste, celle des Beach Boys, des Beatles ou d’Otis Redding. Et comme dans un miroir de l’île de Porquerolles, il y a le ciel, le soleil et la mer…

La peinture pense les mots à travers les formes et les couleurs. Ici, elle rayonne en teintes acidulées et en courbes parfaites, comme pour dessiner un monde idéal qui pourrait désormais se lire comme celui d’un paradis perdu. Au fil des salles traversées, deux lectures se croisent : celle du rêve américain, de la consommation, des loisirs et de l’artifice, qui se heurte à une critique sous-jacente de cet univers factice, quand l’idéal de liberté se confronte aux injustices et aux discriminations. Ne reste que cette énergie qui, dans ce flash-back sur les années pop, nous entraîne sur les rivages incertains de notre quotidien.

Le Sunset d’Andy Warhol s’ajoute au sourire iconique de Marilyn, souvenir peut-être des aplats dorés de l’art byzantin, de son éducation religieuse et de son attachement à sa mère. Ce cercle lumineux répond à une toile d’Etel Adnan, qui écrivait : « J’ai planté le soleil au milieu du ciel comme un drapeau. » Ailleurs, un assemblage de verre coloré se déploie dans une œuvre d’Olafur Eliasson, tentative d’en capter toute la lumière. Une forme de mystique se développe ainsi dans les plis du plaisir avec Hockney, Wesselmann ou Lichtenstein, tandis que les photographies de Martin Parr diffusent leur ironie mordante au cœur de nos plages ensoleillées…

Car tout n’est pas si rose en ce monde, quand une sculpture hyperréaliste de Duane Hanson réduit un surfeur à son seul objet bariolé et à une figure du vide. Les Nanas de Niki de Saint Phalle flottent dans un ciel improbable, tandis que Marjorie Strider se joue des stéréotypes en accentuant jusqu’au ridicule les codes du désir. Chaque œuvre oscille entre fascination et rejet, et l’on circule parmi Martial Raysse, Evelyne Axell ou Alain Jacquet comme sur autant de territoires où désir et rêve se jouent de la réalité. Car tout n’est peut-être que château de sable…

C’est sur ce sol mouvant que nous entraîne Théo Mercier. Dans l’espace central de la villa, il construit une immense plage parmi des vagues de formes organiques et des coquillages percés de fers à béton. Le sable de la disparition exhibe ses blessures sous un soleil rageur, histoire de vanité qui s’inscrit dans le grand récit de l’histoire de l’art.

25 avr > 1er nov, Fondation Carmignac, Île de Porquerolles. Rens: fondationcarmignac.com

photo : Vue d’installation de l’exposition Sea, Pop & Sun, section Ride the Wild Surf & Catch a Wave, rez-de-jardin, Villa Carmignac © Fondation Carmignac / Nicolas Brasseur