26 Juin Théâtres en Dracénie : « Un acte de confiance en l’avenir »
À l’heure où les structures culturelles doivent composer avec des budgets contraints, Théâtres en Dracénie aborde sa saison 2026-2027 avec combativité et une ambition constante : conjuguer exigence artistique, ouverture à tous les publics et ancrage territorial.
Après 10 ans de direction, marqués par des incertitudes financières, des travaux, des inondations et une pandémie, Maria Claverie-Ricard explique avoir développé avec son équipe une qualité essentielle : savoir « garder le sens de l’équilibre même quand le navire tangue un peu. […] Un théâtre, ce n’est pas une dépense parmi d’autres. C’est un lieu où on où l’on se rencontre, où l’on débat, où l’on rêve, où l’on rit et où l’on pleure parfois ensemble. Un lieu qui crée du lien à une époque qui en manque parfois cruellement. » Aussi, la programmation à venir se présente comme une belle preuve de résilience : à la fois ambitieuse, engagée et populaire. Une saison qu’elle définit comme « un acte de confiance en l’avenir« .
La danse comme fil rouge
Coup d’envoi le 25 septembre avec La Couleur de la Grenade. Pour célébrer les 30 ans de sa Cie Käfig, le chorégraphe Mourad Merzouki signe une création inspirée du film Sayat-Nova, la couleur de la grenade du cinéaste Sergueï Paradjanov. Croisant sonorités électro, hip-hop, musiques et danses traditionnelles, le spectacle promet un dialogue fécond entre les cultures, symbolisé notamment par la présence de danseurs des deux pays. Cette ouverture se prolongera d’ailleurs par un Voyage à travers la culture arménienne, entre exposition photographique de Lydia Kasparian, conférence gourmande, lectures poétiques, dégustation de café traditionnel et danses folkloriques.
La danse constituera l’un des fils rouges de la saison. Dès novembre, la jeune chorégraphe Leïla Ka, révélée par le succès de Maldonne et programmée en 2025 au festival L’ImpruDanse, reviendra avec Lullaby Shot, une création collective traversée par une énergie brute et une envie de résistance.
L’ImpruDanse, justement, fera battre le cœur chorégraphique de la Dracénie, du 19 mars au 10 avril 2027. Parmi les temps forts : Kader Attou, en ouverture, qui invitera le public à retrouver les rêveries de l’enfance avec Le Murmure des Songes. Puis défileront quelques-uns des grands noms de la scène contemporaine : Angelin Preljocaj et son très attendu Soulèvement, Jann Gallois avec Imminentes, Anne Nguyen avec Witch Hunting, Amala Dianor avec le diptyque M&M et Level Up, Aina Alegre et un hommage au flamenco dans Fugaces, ou encore Martin Harriague avec America, spectacle acide qui s’intéresse à la réalité américaine d’aujourd’hui…
Le théâtre, à l’écoute du monde
« Le théâtre est une tribune« , écrivait Victor Hugo – particulièrement lorsqu’il s’empare des grandes questions de société. Aussi, la saison réunira plusieurs spectacles ancrés dans le réel, comme 4211 km de l’écrivaine et metteure en scène franco-iranienne Aïla Navidi. Doublement récompensé aux Molières, le spectacle retrace le destin d’une famille de réfugiés politiques iraniens et interroge les notions d’exil, de transmission et d’identité. Avec Juste Irena de Cédric Revollon, consacré à la résistante polonaise Irena Sendlerowa qui sauva des milliers d’enfants juifs du ghetto de Varsovie, la scène se fera lieu de mémoire et fera résonner cet appel à la vigilance citoyenne. Dans un registre différent, Terreur, du juriste allemand Ferdinand von Schirach, placera les spectateurs au cœur d’un procès fictif. Devenus jurés, ils devront décider du sort d’une pilote de chasse accusée d’avoir sacrifié quelques vies pour en sauver des milliers. Une expérience théâtrale, basée sur une histoire vraie, aussi troublante que stimulante, prolongée par une exposition du dessinateur judiciaire Zziigg – présent sur scène.
Autre thème fédérateur : le football, abordé sous deux angles singuliers. Nous le Red Star, porté par Ariane Ascaride et imaginé par Théo Askolovitch, raconte la mémoire ouvrière, les mutations urbaines et les liens familiaux, par le prisme du célèbre club de Saint-Ouen – et de son mythique Stade Bauer. Tandis qu’avec Ladies Football Club, la Cie La Robe à l’Envers, installée en Dracénie, remonte aux origines du football féminin anglais, quand est créée la première équipe au sein d’une usine d’armement. Le seul homme de l’histoire, le directeur du site, est exemplaire, puisqu’il se met à organiser des matchs pour humilier ses ouvrières… Mêlant théâtre d’objets et récit historique, Elena Bosco raconte l’émancipation de femmes qui, en pleine 1e Guerre mondiale, osèrent investir un terrain jusque-là réservé aux hommes.
Dans un registre plus classique, la saison théâtrale s’ouvrira avec la compagnie belge tg STAN et son 1, 2, 3 Poquelin, jubilatoire marathon sur tréteaux présenté cet été à Avignon, où 8 comédiens incarnent une quarantaine de personnages de Molière. Si le spectacle est divisé en plusieurs représentations, les plus téméraires pourront tout de même assister à l’intégrale lors d’une journée ponctuée d’un dîner partagé au Café de l’Esplanade. Plus tard dans la saison, Yoann Pencolé revisitera quant à lui Richard III de Shakespeare, à travers un dispositif de marionnettes à taille humaine, confirmant l’intérêt du théâtre pour les formes hybrides où le jeu d’acteur dialogue avec l’objet animé.
Cultiver l’imaginaire des plus jeunes
Cette attention portée à l’imaginaire se prolongera naturellement vers le jeune public, avec notamment Shadow Kingdom, où la compagnie japonaise Mochinosha déploie un théâtre d’ombres peuplé de centaines de silhouettes. L’action de Théâtres en Dracénie ne se limitant pas aux représentations, un important travail de médiation est mis en place. Implantée à Draguignan, la Cie des Cigales – qui présentera par ailleurs Histoire en pièce, récit mosaïque improvisé et élaboré avec l’aide public – jouera un rôle central dans cette dynamique : outre ses ateliers hebdomadaires d’improvisation, elle mènera des actions permettant aux collégiens et lycéens d’illustrer la réflexion engagée sur scène.
Enfin, la musique viendra rythmer tout cela : Abd Al Malik revisitera son album fondateur Gibraltar, 20 ans après sa sortie ; Ottilie [B], nouvelle artiste associée, réinterprètera son répertoire en acoustique ; les soirées PlayBach feront dialoguer les époques grâce au pianiste américain Joachim Horsley, dans un set afro-cubain, puis à l’ensemble Il Convito…
Au-delà des spectacles, Théâtres en Dracénie cultive finalement l’idée d’un théâtre comme lieu de vie : dîners lors des représentations, ateliers Samedis en famille, projections et expositions en résonance avec la programmation, DJ sets… Autant d’occasions de prolonger l’expérience artistique et de faire du théâtre un espace de partage au-delà du lever de rideau.
Rens: theatresendracenie.com
photo : La couleur de la Grenade © Julie Cherki