En quête d’absolu

En quête d’absolu

Du 26 juin au 1er novembre 2026, l’Abbaye de La Celle, devenue Centre départemental d’art photographique d’excellence sous l’impulsion du Département du Var, accueille l’exposition Solitudes insulaire, réunissant deux séries d’une figure majeure de la photographie contemporaine internationale : Klavdij Sluban. 

Pour Klavdij Sluban, photographe franco-slovène né en 1963 et lauréat de prix prestigieux (Prix Niépce, Villa Kujoyama), présenter ses photos à l’Abbaye de La Celle n’avait n’a rien d’anodin. Il faut dire qu’il œuvre à cette exposition depuis 7 ans ! « Quand j’ai appris que j’étais sélectionné, 2h après j’étais dans l’abbaye pour m’imprégner du lieu, de son âme« , nous a-t-il confié. L’artiste s’est montré si enthousiaste à l’idée d’exposer son travail dans un lieu si inspirant qu’il a indiqué vouloir être présent chaque samedi pour l’expliquer aux visiteurs : « L’artiste doit rester accessible au cœur de la cité« , a-t-il clamé. Pour lui, ces moments ne sont pas des visites formelles, mais de réels instants de rencontre et de transmission. Et le public aurait tort de s’en priver, car Klavdij Sluban est un artiste dont la poésie n’est jamais dénuée d’humour – lui qui n’a eu de cesse de prendre des photos à la volée des visiteurs lors du vernissage.

L’homme se refuse à toute mise en scène (no staging) ou retouche, il préfère une approche lente qui se développe à travers une esthétique exclusive du noir et blanc pour condenser et sublimer le réel. Ses images ne cherchent pas à illustrer ou à documenter, mais à transmettre une perception. « C’est en ce sens qu’on me traite d’artiste« , glisse-t-il malicieusement. « Ce que je photographie est une vision esthétique. […] Je n’ai aucune mauvaise conscience à ne pas montrer ce qu’il aurait fallu montrer« . D’abord à l’écoute de son instinct, il travaille sans viseur ni mesure de lumière, cherchant à révéler la « puissance intérieure » de ses sujets, qu’il s’agisse de paysages, d’animaux ou de portraits. 

Des Kerguelen au Japon : l’universalité de l’isolement

Empreint de spiritualité et de recueillement, l’abbaye cistercienne millénaire est un écrin idéal pour appréhender son œuvre. « Mes photos résonnent en fonction du lieu, qui doit être respecté dans la façon de les présenter. » Et c’est sous le commissariat de Ricardo Vazquez, Conservateur en chef du patrimoine au Département du Var, que ses images interagissent avec les épais murs de pierre que valorise une sobre mais efficace scénographie en forme de voyage spirituel vers des îles tantôt concrètes tantôt métaphoriques.

Bien que géographiquement opposés, les deux corpus d’images convergent vers le thème de la solitude existentielle. Aux Kerguelen, surnommées « l’île de la Désolation », Sluban a passé plusieurs mois en résidence. Dans ce territoire volcanique extrême, balayé par des vents à plus de 200 km/h, la présence humaine et animale (colonies de manchots, jeunes éléphants de mer) apparaît comme éphémère et vulnérable face à l’éternité minérale : « Penser à la mort, c’est respecter la vie ! » Techniquement, ce séjour fut aussi un défi permanent pour lui qui travaille en manuel avec un appareil sans pile, capturant à la volée le saisissant contraste entre un ciel ultra-lumineux et un sol volcanique sombre. 

Du côté de sa série japonaise, l’insularité se fait plus « intérieure« . À pied, au fil des 500 kilomètres de la route historique du Tokaido, dans les pas du poète Bashō, Sluban s’est astreint à une discipline quotidienne rigoureuse. Et il en a parfois bavé ! Loin des métropoles, il a exploré la campagne désertifiée du Nord du pays, face à la Sibérie. Il y a réalisé des portraits des habitants qu’il croisait, capturant en quelques secondes l’instant où ses sujets – d’abord soucieux de leur image – s’effacent pour finalement révéler quelque chose de plus authentique… Une autre vision de ces Solitudes insulaires.

26 juin > 1er nov, Abbaye de La Celle, La Celle. Rens: abbayedelacelle.fr

photo : Vue de l’exposition © Pascal Linte

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