20 Juil Les jeux ne sont pas faits
La patience des humains est infinie, qu’ils soient yankees, russes ou chinois… ou français. Ils s’excusent lorsqu’on leur marche sur les pieds ; ils votent régulièrement pour ceux qui les écrasent. Souvent serviles, ils ramassent les miettes de leur courtisanerie ; ils crient bravo aux plus infects bien qu’ils soient des « vedettes » préfabriquées !
Hier, à n’en pas croire nos oreilles, on entendait « les lendemains qui chantent » et nombreux croyaient à « la sortie du tunnel » capitaliste, annoncée chaque année. Aujourd’hui, on pense non pas grâce aux livres, mais via les réseaux sociaux qui déversent des flots de haine, de bêtise et d’inculture dont on devient les fidèles, nouveaux « croisés » d’un néofascisme qui chante en américain…
Le comble est atteint lorsqu’on ignore les mots de « paix » et de « négociation », et qu’à peine née l’écologie tend à régresser parce qu’elle dérange le Medef et l’agro-industrie à la tête de la FNSEA. Le bonheur n’est déjà plus dans le pré… Le simplisme vulgaire de l’extrême droite en complet cravate fait recette à la fois chez les plus pauvres et chez les milliardaires où la culture cède devant le charisme des chefs, les montres Rolex et les bijoux Cartier ou Van Cleef and Arpels …
L’indifférence est reine pour Gaza et pour tous les massacres, au sein de la patrie des Droits de l’Homme. C’est le bouquet ! Il y a foule dans les stades, mais peu de protestataires dans la rue… Il est vrai que le bavardage politique de ceux qui n’ont presque rien à dire n’exprime qu’une société qui se délite chaque jour davantage. Mais il n’est pas l’heure de se rendre et de renoncer. Le temps de la soumission n’est pas advenu.
De nouveaux acteurs apparaissent à l’horizon qui sont en mesure, peut-être, de « changer la vie », comme on disait autrefois. La jeune génération, dont on dit tant de mal, a des choses à dire, aux États-Unis, comme en France : elle se prépare à intervenir. Les jeunes (au pluriel, car il n’y a pas qu’une seule jeunesse) ont bien raison de s’interroger sur l’héritage laissé par leurs aînés qui ont failli sur l’essentiel : améliorer les rapports humains. Ils n’acceptent plus les inégalités criantes, les atteintes à leur dignité, le sous-emploi mal payé et la maltraitance des « petits chefs » qui caporalisent le quotidien, les contrôles arbitraires et le racisme ordinaire, l’enseignement asphyxié, la santé négligée, la culture reléguée. Ils comprennent mieux que quiconque que l’hégémonie occidentale pluriséculaire est en train de mourir.
D’autres peuples, d’autres civilisations vont prendre le relais secouant la planète et vivifiant l’Histoire. Les jeunes ont bien commencé, et quoique victimes du smartphone, ils ne regardent plus la télé, si souvent médiocre. Ils cherchent d’autres voies que celle des partis en pleine déliquescence ; ils trouvent ridicule « le spectacle politique » et la communication style IA des ministres et des leaders parlementaires, reflétant la vieille domination des plus riches et des plus forts.
La jeunesse exigeante l’emporte d’ores et déjà sur celle qui trafique dans le sillage des mafias et de tous les corrupteurs. Le monde des affaires s’en inquiète : il préfère les dealers aux militants. Il craint qu’en arrachant les masques de ceux qui nous gouvernent, ces jeunes hommes et femmes découvrent « le néant, le vide », comme disait Pasolini.
Il est temps que soit réactivée l’hypothèse progressiste qui refuse la marchandisation totalitaire, que soient réinventés de nouveaux rapports humains, y compris l’amour qui dissocie le sexe et l’affectivité, rejoignant l’animalité. Il nous faut des forces qui nous « tirent vers le haut », comme le font déjà les poètes si peu nombreux. Les dieux sont fatigués et la technologie est en panne s’il faut résoudre les grandes contradictions.
L’espoir est vital et il s’est enlisé. Parier sur les jeunes en colère n’est pas déraisonnable, bien qu’il n’y ait aucune certitude. Mais il semble, selon quelques anciens, que ce soit le pari le moins stupide.