20 Juil Yerai Cortés, cordes ancestrales
Le 11 août, la Fondation Maeght accueillera, dans son Labyrinthe Miró, le guitariste Yerai Cortés pour l’un des rares concerts qu’il donnera en France cet été, après son passage à la Philharmonie de Paris au début du mois de juillet.
Cette soirée sera l’occasion d’écouter la vibration scintillante d’une guitare venue du fond des âges, dont la sonorité rauque et précise évoque aussi bien les voix gitanes que les gestuelles dansantes qui lui sont associés. Elle nous rappelle d’abord la matière de l’instrument : on entend le bois de la caisse, on se souvient du boyau des premières cordes, alors que nos oreilles sont si souvent accoutumées aux amplifications de toutes sortes.
On présente souvent ce jeune virtuose comme l’avenir de la musique flamenca… ce qu’il est probablement ! Mais il faut d’abord rappeler que Yerai Cortés s’inscrit pleinement dans la tradition qu’il incarne. Il n’a que 31 ans et a commencé la guitare très jeune, auprès de son père : transmission familiale, écoute des aînés. Et cela compte, surtout lorsqu’on est né à Alicante et qu’on a fait ses premières armes, sous la tutelle de son père, dans les tablaos locaux, ces lieux consacrés au flamenco où se retrouvent les aficionados de cet art.
Il s’installe ensuite à Madrid, et depuis quelques années s’impose comme l’un des visages les plus remarqués de la relève flamenca. Le succès est là : en 2025, il est nommé aux Latin Grammy Awards dans la catégorie du meilleur nouvel artiste, tandis que le film La guitarra flamenca de Yerai Cortés (Goyas du meilleur film documentaire et de la meilleure chanson originale pour Los Almendros) qu’Antón Álvarez, alias C. Tangana, lui a consacré, contribue à en faire le porte-parole du « nouveau flamenco » ! Nouveau flamenco ? On a bien parlé de « nouveau tango »… Alors, bien sûr, les tournures et les phrasés se renouvellent, chaque artiste apporte son grain de sel et écoute son époque… mais quelque chose, dans l’émotion brute portée par Yerai Cortés, demeure profondément relié à la culture gitane ancestrale.
L’art de faire impression
Alors que nous nous apprêtions à boucler ce numéro, le festival Impressions, qui lancera le mois d’août à la Fondation Maeght vient de dévoiler sa programmation ! À nouveau imaginée par Gilles Peterson, animateur à la BBC et légende de l’acid jazz, cette 3e édition fera dialoguer quelques-unes des voix les plus aventureuses de la scène actuelle. La soirée du 5 août réunira Momoko Gill, batteuse et chanteuse londonienne dont le premier album solo mêle jazz spirituel, soul et textures électroniques, et SOYUZ, collectif biélorusse dont la pop orchestrale se nourrit de jazz brésilien, de folk slave et de psychédélisme. Le lendemain, le Tara Clerkin Trio déploiera son étrange musique de chambre, entre trip-hop bristolien, avant-pop, dub et improvisation, avant que Moses Boyd, batteur londonien qui fusionne jazz, grime, broken beat et pulsations électroniques, ne fasse lui aussi parler ses fûts. Gilles Peterson refermera ces deux soirées par un DJ set à son image : érudit, voyageur et dansant. Au cœur du Labyrinthe Miró, Impressions renouera ainsi avec l’esprit des mythiques Nuits de la Fondation Maeght : abolir les frontières entre les arts, les générations et les musiques.
Yerai Cortés, 11 aou • Festival Impressions, 5 > 6 aou. Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence. Rens: fondation-maeght.com
photo : Yerai Cortés © Dani Pujate