09 Sep L’art du clown recèle de sérieux pouvoirs
Cette année encore, le dernier week-end de septembre sera heureux : la Cie Gorgomar secoue le 109 avec le festival Clown Power, pour rire ensemble, « parce que le rire n’est pas une parenthèse. C’est un langage commun. Un geste qui abolit les distances, fait tomber les armures et transforme un attroupement en communauté. » Bien dit.
Le pouvoir du clown est de déplacer nos perceptions de tous ordres, de découvrir là où finalement on rit, de s’esclaffer tout en versant une larme émue, de confirmer qu’on peut œuvrer sérieusement sans se prendre au sérieux. Ce qui se retient de cet événement intense et joyeux, artistiquement intéressant et collectivement jubilatoire peut se présenter en neuf points.
Primo : 10 spectacles s’offrent à nous avec par ordre d’apparition : L’élégance et la beauté de Jackie Star en solo, soit l’histoire d’un drame couvert d’un vernis qui se fait lentement mais sûrement décaper : « un spectacle totalement déconseillé aux âmes sensibles qui pensent vivre chez Mickey« . Vous êtes sur un projet que vous pensez un peu fou ? Nicolas Ferré, la Cie Dis bonjour à la dame et son audacieuse monture, un frigo-fusée, sauront vous encourager à vous lancer, à mi-mots et en musique, même si vous n’avez que 3 ans. C’est au même âge que peuvent se découvrir les incroyables pouvoirs physiques du fakir, grâce à Monsieur Pif et Saâdikh (Cie Le Bazar Savant), qui n’hésite pas à mettre à l’épreuve son public hilare au moyen de piquants impromptus et sait également tout faire disparaître, excepté son désespoir joyeux et son implacable envie de tenter encore.
Deuzio : oui, nous expérimentons nos humanités quotidiennement et constatons qu’imprévus et ridicule ne tuent pas. Thomas Leterrier de la Cie Réverbère les cultivent avec amour de son prochain et nous le savons : Ça va foirer ! Bien sûr, à 8 ans, on se pose des questions existentielles auxquelles L’Amicale des Cérébrées (Cie Futilité Publique et Rosie Volt) sait répondre tout à fait à peu près. Notre humanité enflée de dominations se voit chahutée avec Gratos, un petit chien inversement impressionnant, et son maître – Simon Fournier du Collectif Scratch – qui lui ressemble vraiment beaucoup quand même (c’est gratos, mais sur réservation, les places sont limitées). Et c’est tout en cascade que cette édition de Clown Power se clôturera avec Rosemonde et ses cagettes de réception (Cie du Vide) avant de se dire Goodbye Persil (Cie L’arbre à Vache), sans parole mais en riant avec les yeux face à ces deux voyous – Louis Grison et Nicolas Perruchon – qui voyagent sur très petite distance. Dans un dernier show purificateur, la Cie Zique à tout bout d’champ proposera une Catharsis avec les deux clowns musiciennes et chanteuses Audrey Castagné et Noémie Capron.
Tertio : trios. Clown Power comble sa première soirée en partenariat avec Panda Events, le vendredi, avec deux concerts en trio : le chansonnier Gigi de Nissa, alias Louis Pastorelli accompagné de Milena Pastorelli et Alexandre Auria, nous fera réviser notre nissart tout en sautillant tel un peuple qui aime chanter et s’enlacer. S’ensuivra le trio de Djé Balèti, en glissade afro punk psychédélique. Méditerranée et Occitanie sont sur un bateau à destination de nos mondes frères et cousins.
Quarto : la projection du film Yoyo, chef-d’œuvre de Pierre Étaix, aura lieu en plein air, comme la quasi-totalité des spectacles et événements. « Un film comme celui-là, on en voit un tous les dix ans. C’est du meilleur Max Linder, du meilleur Charlot, en même temps qu’une œuvre d’une originalité profonde, d’une rigueur, d’une drôlerie, d’une tendresse exceptionnelles » lisait-on dans le journal Le Parisien en 1965. Du cinéma encore, toujours avec La Bande Passante, qui propose des moments de projections en tirs courts groupés, le dimanche à 11h et 17h, pour tout savoir sur les pionniers du burlesque et du cirque, une bande de clowns quoi.
Quinto : l’artiste Thierry Lagalla est l’invité du festival avec La Morale de la tarte à la crème présentée en 5 tranches fines de 15 minutes. Bien qu’il soit fortement conseillé de déguster l’ensemble, apprenez que chaque tranche se suffit à elle-même. « Prenez la réalité, transformez-la en tapis, installez-le au beau milieu d’une pièce, faites entrer l’homo sapiens puis regardez-le se prendre les pieds dans le tapis » : Maître du burlesque et du quasi, Thierry Lagalla délivrera les mots de son œuvre et sa pensée picturales les samedi et dimanche à chaque heure de l’après-midi ou presque.
Sexto : Clown Power en est à sa 6e édition. Soulignons ici que dès la toute première fois, l’événement avait pour objectifs, outre de faire découvrir des artistes aux techniques et propos décapants, de mêler l’existant sans crier à la nouveauté, c’est-à-dire de participer à structurer la filière du spectacle vivant – stage de clown pro avec Daphné Clouzeau (alias Rosie Volt) et rencontre avec Charlotte Saliou sont aussi au programme – en s’associant à de nombreuses structures et énergies déjà actives, de proposer aux enfants d’emmener leurs parents, et enfin d’ouvrir le rire à toutes les formes.
Septimo et octavo : le poète performeur Tristan Blumel répondra « au besoin concret de poésie » en ouvrant les mots à la sympathie, à l’originalité et au flou, et les Uto’pistes installeront un atelier parents-enfants d’initiation au cirque, tandis que l’Orchestre des sapeurs-pompiers de la Ville de Nice, ancienne Garde nationale avant le rattachement de Nice à la France, déclinera les nuances des octaves tout en cuivres, costumes et képis. Vous pourrez, au hasard d’une flânerie entre les jeux en bois, les stands de la librairie Jean Jaurès et des clowns hospitaliers, briller au stand S.U.N. parmi des créations d’artistes émergents, répondre aux interviews du web média Ligne 16, manger et boire sur place… Nono : voilà !
25 > 27 sep, Le 109, Nice. Rens: gorgomar.org
photo : Clown Power 2025 © Hugo Gueniffey