Le temps à l’œuvre du temps

Le temps à l’œuvre du temps

À la Maison Abandonnée [Villa Cameline] à Nice, Jean-Luc Jehan invite à une traversée silencieuse des cieux, de la mémoire et du temps. Avec Rouge, le temps se déploie, l’artiste, qui vit et travaille à Ivry-sur-Seine, présente une œuvre à la croisée du paysage cosmique, de la géométrie et d’une réflexion sensible sur « le temps à l’œuvre ».

Le travail de Jean-Luc Jehan, lauréat 2025 du Prix du dessin de la Maison Abandonnée [Villa Cameline] au salon Paréidolie à Marseille, s’est d’abord construit autour de machines volantes aux mécanismes volontairement dysfonctionnels, objets poétiques inspirés de Léonard de Vinci, impropres au vol terrestre. Peu à peu, le motif s’est effacé pour ne laisser place qu’à l’éther : le ciel, devenu espace d’apparition et de contemplation.

Après une période marquée par des noirs profonds évoquant le vide interstellaire et la naissance des astres, Jean-Luc Jehan opère un déplacement vers la couleur. Ses dessins sont désormais réalisés au stylo à encre tubulaire ultra-fin, par l’agrégation patiente de milliers de points. Le regard ne surplombe plus le cosmos : il y plonge. Le rouge devient matière, profondeur, nébuleuse, tandis que des figures semblent apparaître au cœur de ces constellations.

Chez l’artiste, le temps n’est pas seulement un sujet : il s’inscrit physiquement dans chaque œuvre. Certaines portent ainsi la trace de leur durée de réalisation : 27, 42 ou 56 jours. Chaque point déposé sur le papier devient une particule de temps, transformant progressivement l’espace en durée.

Ces paysages célestes font également surgir des réminiscences de la Renaissance italienne, de Fra Angelico à Simone Martini. Anges, cavaliers et montagnes émergent des nuées et composent une vision où les époques se superposent, abolissant la linéarité du temps.

Construite par accumulation, à la manière d’une structure corallienne, l’œuvre de Jean-Luc Jehan entretient enfin une ambivalence : les formes semblent naître autant qu’elles s’effacer. Entre infiniment grand et microscopique, mémoire et cosmos, l’exposition à la Villa Cameline propose ainsi une expérience contemplative, un voyage discret au cœur de la matière et des mystères du monde.

5 sep > 3 oct 2026, Maison Abandonnée [Villa Cameline], Nice. Rens: villacameline.fr

photo : La maison des mésanges, 2026, pointe d’encre 010mm sur papier, 31,5 x 24 cm © Jean-Luc Jehan