09 Sep Orlando, la folie d’aimer
Créé en 1733 à Londres, le grand opéra baroque de Haendel met en scène un chevalier ravagé par un amour à sens unique. À Nice, la metteuse en scène Mariame Clément s’empare de cette histoire de passion, de jalousie et de folie pour faire dialoguer épopée chevaleresque et tourments intime très contemporains.
Au XVIIIe siècle, Orlando est un héros. Un guerrier invincible, issu du poème Orlando furioso de Ludovico Ariosto, qui traverse alors l’Europe littéraire et artistique. En 1733, Georg Friedrich Haendel en tire un opéra en trois actes, créé au King’s Theatre de Londres. Mais derrière les combats et les exploits attendus du roman de chevalerie, le compositeur concentre son opéra sur autre une bataille : celle des sentiments.
Le chevalier Orlando (Rémy Brès Feuillet) aime la princesse Angelica (Cristina Pasaroiu). Mais ce n’est pas réciproque, celle-ci lui préfère le prince Medoro (Fernando Escalona). Qui, pour le coup, l’aime aussi. Là où ça se complique, c’est que la bergère Dorinda (Emilie Rose Bry), éprise de Medoro, découvre que son amour n’est plus partagé. Bref, un imbroglio sentimental finalement assez commun à l’opéra, voire simpliste. Ce qui l’est moins, c’est que nous avons ici la totalité des personnages ! S’en suit alors un véritable jeu de dominos émotionnel, où l’on passe de la passion à la jalousie, du doute à la fureur. Tout bascule lorsqu’Orlando découvre les initiales d’Angelica et de Medoro gravées sur un arbre, et sombre dans la folie, avant de retrouver finalement la raison grâce au sage Zoroastro (Joan Martin-Royo), qui veille en magicien sur les destinées de chacun.
L’autre singularité de cette production est le choix de la metteuse en scène Mariame Clément de mêler la tradition de l’imagerie chevaleresque propre aux écrits d’Arioste et le parti pris d’incarner tout ce beau monde dans un monde contemporain : « Nous voulions rendre l’histoire lisible aujourd’hui sans pour autant abandonner la grandeur épique« . Avec Kaspar Glarner, elle a donc imaginé un décor à la fois concret et mental, « une image de la psyché d’Orlando« , capable de passer du quotidien aux visions du héros. La mise en scène joue ainsi sur deux niveaux : la réalité objective et la perception subjective d’un homme gagné par le délire.
D’autant que la musique d’Haendel, interprétée par l’Orchestre Philharmonique de Nice, avec la participation de l’Ensemble Matheus, tous deux dirigés par Jean-Christophe Spinosi, explore ici « tout le spectre de l’amour et du désamour« , et offre aux interprètes « une surface de projection infinie« . Car, finalement, « aimer, avoir mauvaise conscience, ne pas pouvoir quitter quelqu’un pour qui on n’a plus de sentiments, se bercer d’illusions… Tout cela reste terriblement contemporain. »
30 sep > 6 oct 2026, Opéra de Nice. Rens: opera-nice.org
photo : Orlando © Carole Parodi