28 Juin Mille et une nuits pour un Palais en fête
C’est par un grand éclat de rire que débute la nouvelle saison automne-hiver soigneusement préparée par l’équipe du Palais des Festivals de Cannes. Car la volonté affichée est bien de fêter la vie, à travers la culture, avec des événements chamarrés qui permettent de naviguer sur la diversité au gré des ressentis.
Soyons honnêtes ! Le quotidien, avec son florilège d’innovations technologiques et son cortège de nouveaux modes de comportements sociétaux, a bien souvent tendance à nous prendre la tête. Dans ce cas, rien de mieux que l’humour pour désamorcer l’agacement. Avec L’Expérience de la vie, Anne Roumanoff fait ressortir le ridicule de toutes ces situations caractéristiques des temps modernes dont il suffit de fuir l’emprise pour retrouver la joie de vivre. Molière, sors de ce corps ! Du one-(wo)man show au théâtre, on se réjouit qu’au fil du temps les mots conservent leur puissance de séduction.
Envie de réviser ses classiques ? Une plongée dans Les liaisons dangereuses permet de retourner au siècle des Lumières qui, pour autant, ne dédaignait pas un libertinage certain. Fan de roman policier ? Essayons de percer Le Secret de Sherlock Holmes. Mais incontestablement c’est la vie moderne qui inspire le plus grand nombre de créations théâtrales actuelles, que ce soit à partir de romans adaptés, comme La Délicatesse de David Foenkinos ou L’Invention de nos vies de Karine Tuil, ou qu’il s’agisse d’œuvres conçues pour la scène elle-même, à l’image de Je préfère qu’on reste ensemble de Laurent Ruquier, une comédie tendre et romantique qui déroule en arrière-son quelques-uns des grands refrains de la chanson française.
Les partitions musicales ne vont pas manquer cette saison. Atypiques et émouvantes pour Pomme. Chaleureuses et envoutantes pour I Muvrini. Nuancées et poétiques pour Arthur H qui du haut de ses 30 ans de carrière partage un 17e album dans lequel il a à cœur de célébrer la vie. Du concert évènement avec Aznavour Classique, destiné à marquer le 100e anniversaire de la naissance de l’artiste, aux mélodies de Broadway pour célébrer l’arrivée de 2024, en accompagnement du violoniste Renaud Capuçon, ou encore pour faire revivre la Symphonie du nouveau monde de Dvorak : l’Orchestre National de Cannes déploiera ses gammes et multipliera les registres. Après un retour en 2023, le Midem, évènement cannois par excellence qui a marqué pendant de nombreuses années l’industrie musicale en offrant la possibilité de découvrir les talents à venir, poursuivra sa nouvelle aventure en janvier 2024. Évolution technologique oblige, il revient en version augmentée afin de se préparer aux défis de demain. Ce qui n’empêche pas de retrouver la musique sous son format traditionnel avec des concerts, masterclasses et autres showcases.
Le festival de danse, marqueur de la saison
Il n’est pas rare que l’envolée de notes fasse danser des images devant les yeux. Le chorégraphe quant à lui s’empare de la musique pour habiller son rêve de création. Avec des spectacles multiformes qui racontent des histoires ou plongent dans l’abstraction la plus totale, qui surprennent, éblouissent, interrogent même parfois, la danse occupe une place de choix dans la programmation cannoise avec en point d’orgue, le Festival de Danse. Dans la continuité de l’action menée par Brigitte Lefèvre au cours des trois dernières biennales, Didier Deschamps reprend le flambeau après avoir mené une action remarquable pendant 10 ans à la tête du Théâtre National de Chaillot, apportant avec lui l’état d’esprit qui a fait le succès de la maison parisienne. Le festival s’installe dans le temps, puisque sa programmation s’inscrit sur trois semaines du 24 novembre au 10 décembre, et dans l’espace, car certains spectacles seront visibles à Mougins, Draguignan, Nice, Fréjus, Antibes, Carros et Grasse. Cela lui permettra d’accueillir 27 compagnies de stature internationale répondant à la thématique Danse sans frontières, une approche ouverte au monde et aux styles qui y sont développés. Rendez-vous avec la post-modern dance de Trisha Brown qui entame le dialogue avec une création de Noé Soulier, le jeune directeur du CNDC-Angers. Plongée dans le flamenco traditionnel comme celui de David Coria, ou dans celui de Paula Comitre qui n’en finit pas de se réinventer en se confrontant à d’autres gestuelles. Immersion dans la danse créative qui nous vient d’Israël avec Sharon Eyal ou Etay Axelroad, virtuose de la Batsheva Dance Company (avec une Gaga classe en prime !). Citons en vrac, pour donner le tournis : le Malandain Ballet Biarritz, la Compagnie Nationale de Danse Contemporaine de Norvège, le Ballet du Grand Théâtre de Genève, placé sous la direction de Sidi Larbi Cherkaoui… Tout n’est pas dévoilé ici, d’une période qui s’annonce très dense !
Les portes du festival refermées, la scène cannoise vibrera encore sous l’impact du son des claquettes de RB Dance Company ou frémira avec la venue, entre autres, des Ballets de Monte-Carlo ou du Ballet Julien Lestel.
Amoureux des mots, des notes, du mouvement, voire des trois ? Il est certain que chacun trouvera ses moments de bonheur durant cette saison.
Dès le 1er oct, Palais des Festivals, Cannes. Rens: palaisdesfestivals.com & festivaldedanse-cannes.com
photo: Roméo & Juliette, Ballets de Monte-Carlo © Alice Blangero