29 Juin Monet, retour sur la Riviera
À Monaco, au Grimaldi Forum, une centaine de toiles datées de 1870 à 1925 et venues du monde entier ont été mobilisées afin de marquer le 140e anniversaire du premier séjour de Claude Monet à Monte-Carlo et sur la Riviera. L’exposition Monet en pleine lumière est l’une des plus grandes monographies de la décennie dédiée au père de l’Impressionnisme.
Prononcer le nom de Claude Monet suffit à déclencher en nous la vision des nymphéas. Mais ce serait oublier que l’homme, né à Paris en 1840 et qui se fixe à Giverny en mai 1883, a beaucoup bougé. Une quête d’inspiration qui lui faisait placer son chevalet partout où la beauté d’un lieu lui intimait d’intervenir. Normandie, Fontainebleau, Bretagne, Rouen, Paris, Londres, Norvège…
En 1883, Claude Monet a 43 ans. Fin décembre, il suit Auguste Renoir sur la Riviera. Un éblouissement. Il repart seul, le 17 janvier 1884 à Bordighera (Villas à Bordighera, 1884). Troisième séjour à Antibes, en 1888. Mis à rude épreuve pour transposer les couleurs indociles qui défient sa rétine d’homme du Nord et traiter la lumière implacable qui attise les paysages, Monet rentre avec une série d’une trentaine de toiles (Rochers au bord de la Méditerranée, 1888). « Faire l’impossible en me surprenant. Je m’escrime et lutte avec le soleil. Et quel soleil, ici!« , déclarera l’artiste. Marianne Mathieu, commissaire de l’exposition: « L’œuvre de Monet est d’une grande cohérence, de sa jeunesse havraise aux derniers tableaux de Giverny, le peintre ne cherche pas à peindre un motif, mais plutôt un moment ; Monet ne peint pas un paysage mais une atmosphère. Sur la Riviera entre 1883 et 1888, c’est la maturité. Monet se découvre le peintre des séries. À Giverny, qu’il ne quittera quasiment plus au tournant du siècle, le peintre évolue à nouveau, change de point de vue, et ne peint plus que le miroir de l’eau… Il peint l’image d’un monde flottant » (Nymphéas, 1914-1917).
Tournant dans la pratique du peintre à l’exact mi-temps de sa vie car, à partir de 1890, il travaille des séries sur le même motif, d’une saison à l’autre, d’une heure à l’autre, au cours d’une même journée. Peintes à Monaco (Monte-Carlo vu de Rocquebrune, 1883, Collection de SAS le Prince de Monaco) Bordighera, Sasso, Cap Martin (La pointe du Cap Martin, 1884), Antibes (Antibes, le Fort, 1888), etc., les 21 toiles des moments méditerranéens de Monet – pivot du concept de l’exposition – mettent en perspective les œuvres présentées sous un jour inédit, interactif et immersif. Permettant ainsi de comprendre comment le décor féerique du jardin du peintre de Giverny, où il s’éteint en 1926, est devenu l’unique et intarissable réservoir de ses sensations fugaces. Tout aussi unique sera l’exposition Monet en pleine lumière, soutenue par le Musée Marmottan Monet à Paris et riche de plus de trente prêteurs dont S.A.S le Prince de Monaco. Et tout aussi tenace en sera le souvenir.
8 juil au 3 sep, Grimaldi Forum, Monaco. Rens: grimaldiforum.com
photo: Rochers au bord de la Méditerranée, 1888 Huile sur toile 65,1 x 81,3 cm Columbus Museum of Art, Ohio. Legs de Frederick W. Schumacher