Mais pourquoi est-il aussi méchant ?

Mais pourquoi est-il aussi méchant ?

Parce qu’il y toujours un soupçon d’acidité chez un clown ! L’édition 2023 du festival Clown’s not dead, porté par Le Pôle, du 5 au 21 décembre, est cette année réservée à un public averti.

Les gens ont besoin de rire… C’est un fait. Le rire est bon pour la santé et pour le moral, et vu l’état du monde, ces chers personnages au nez rouge (ou pas) ont un rôle à jouer. Car le clown recherche la fantaisie dans la vie de tous les jours, tente de dédramatiser les tensions en exposant et en se jouant des vérités sociales contemporaines. Plus encore, il s’autorise à transgresser les normes. Ce qui lui permet de poser un regard critique et décalé sur des problématiques concrètes. À tel point que son propos en vient parfois à prendre une dimension sociale, voire politique. S’il est une chose certaine, c’est que l’art clownesque est bien plus qu’un simple divertissement circassien intercalé entre deux numéros de haute voltige, bien plus que des blagues potaches et des tartes à la crème. Aujourd’hui, c’est une pratique théâtrale à part entière. Bref, à travers ce portrait – très général – du clown, on est fort loin de l’image du simple amuseur pour les petits enfants. Et ça tombe bien, puisque l’édition 2023 du festival Clown’s not dead est déconseillée aux plus jeunes, puisqu’accessible au plus de 15 ans !

Il suffit de voir de quelle manière parle et se comporte Christine dans Quarantaines. «À travers le clown, tous les tabous peuvent être brisés», estime Véronique Tuaillon, circassienne et autrice du succès More Aura, qui aborde avec son personnage trash et sans filtre, au physique de nageuse est-allemande, la crise de la quarantaine – dans tous les sens du terme. La sienne et celle d’innombrables personnes, vécue lors d’une période pas si lointaine… Également seul sur scène, mais nettement plus poilu : Boudu, mi-clown mi-ogre créé en 2001 par Bonaventure Gacon. Dans Par le Boudu, « les gens voient ce qu’ils ont envie de voir. Mais ce qui est sûr c’est que ça cause de l’humain, de la solitude, de la mort… Il y a un côté dur qui fait le contrepoint avec un côté très burlesque, très drôle », indique le comédien. Et l’on peut dire que ça marche, puisqu’après deux décennies à se balader de théâtre en chapiteau notre clown triste, amer et méchant, est toujours au bout du rouleau, pour le plus grand plaisir d’un public adulte forcément un peu cynique.

Quelques jours plus tard, ce ne sera pas un, mais trois clowns de la célèbre Cie l’Entreprise qui fouleront les planches, dont ce cher Boudu. Dans ce show sobrement intitulé Les Clowns, mis en scène par François Cervantès, la fantasque Arletti et l’hypersensible Zig rencontrent notre personnage frustre et ronchon. Ça fait connaissance, ça se caresse, ça se bastonne, ça descend quelques bouteilles… Puis direction la ville pour une déambulation qui les mène jusqu’à un théâtre, où ils tombent sur le texte du Roi Lear. Ni une ni deux, la bande décide de se lancer dans une réinterprétation du chef d’œuvre de Shakespeare ! Ou comment une bande de clowns parvient à conjuguer l’intime et le divertissement, le tragique et l’émotion, la peur et la liberté…

Quarantaines, 5 déc 20h, Théâtre Le Rocher, La Garde • Par le Boudu, 16 déc 20h, Le Pôle, Le Revest-les-Eaux • Les Clowns, 19 au 21 déc 20h30, Chateauvallon, Ollioules. Rens : le-pole.fr

photo : Les Clowns © Christophe Raynaud de Lage